Le temps de l’image.

Etre narcissique est une constante de la vie, tout est dans le dosage.
Suffisamment Narcisse pour exister, pas trop pour ne pas verser dans le pervers et le détestable.

J’ai soigné, c’est beaucoup dire, mon image tout au long de mon existence et la moustache en fut la présence centrale. Pourquoi ? Je n’en sais rien, j’ai remarqué en cours de chemin que mes bisaïeux portaient barbe ou moustache. Est-ce une attitude qui résulte d’un atavisme ?
Je n’en sais rien non plus.

Tout a commencé à l’âge de dix-neuf ans. Plutôt gringalet, je cherchais à me donner un air plus âgé pour ne pas faire tapisserie lors des fêtes patronales.
Déjà très branché sur l’égalité homme/femme, bien avant son avènement, j’adorais le quart d’heure américain. Pourquoi, les femmes ne passeraient-elles pas à l’offensive en affichant leurs préférences ?
Hélas, je n’invitais personne car je ne savais pas danser. Heureusement qu’il existait ce moment américain et le slow pour accepter quelques ronds, pieds tanqués. Il suffisait de s’arrimer à la partenaire pour faire du surplace, plus ou moins langoureusement cadencé, de pencher la tête sur l’épaule accueillante et de murmurer quelques traits d’humour à l’oreille en espérant qu’ils fassent mouche.
Ce n’était pas folichon, pas de quoi emballer une donzelle qui rêve d’un Tarzan rassurant.
« Femme qui rit, à moitié dans son lit » est une faribole, encore faut-il qu’elle rigole et soit convaincue, au-delà du petit sketch, d’un voyage vers le ciel proche du septième, si possible… Toutes visaient le paradis, y compris celles qui n’avaient jamais visité l’Eden. C’était l’impression que je m’en faisais.

Finalement, les femmes ignorent le pouvoir qu’elles ont de tenir le mâle par le bout du nez.

Il faut de tout pour faire un monde, chacun cherche à exister et ce n’est pas toujours simple…

Il y eut la période grosse moustache, on me prit pour un prétentieux.
La période broussailles et toujours les bacchantes pointées vers le ciel.
Un air énigmatique et sauvage…
Le temps de la sérénité, le regard franc qui masque un léger sourire sous-jacent.

Et puis, un jour quelqu’un m’envoyait ce dernier cliché en me disant : Voilà comment tu seras lorsque tu auras cent ans.
J’ai passé le temps de Narcisse, je serais enchanté d’atteindre ce vieil âge car en effet, j’aime bien plus la vie que mon image.

D’ordinaire, je m’affiche en m’épanchant par écrit, aujourd’hui, j’ai osé l’image ! 😉

6 Comments

  1. Ha les belles bacchantes sur la première avec la chemise à fleurs 😉
    Mais non je ne me moque pas, rassurez-vous, mais heureusement la mode est passée 🙂

  2. Les moustaches un attribut que je n’aime pas trop mais bon ! Les goûts, les couleurs. Cela vous va bien malgré tout 😉
    Bonne soirée

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