Les journées sont lourdes.
Il fait nuit dans les chaumières dès midi passé. Les volets sont clos pour stopper la chaleur qui sévit dans les contrées. L’habitant somnole, les ventilateurs foisonnent, aspirant puis brassant l’air chaud ambiant par bouffées plus tempérées.
Des vagues de douceur vont et viennent en suivant le mouvement de la soufflerie.
Un lézard imprudent s’est égaré dans la pièce, il a profité d’une béance du volet pour goûter un peu de fraîcheur. Avec lui c’est compliqué, il va finir dans une prise électrique ou dans l’ouverture d’un appareil domestique. Qu’on essaye de le guider vers la sortie et voilà qu’il rebrousse chemin, patine sur le carrelage, part en pédalant de traviole et se glisse dans un recoin inaccessible.
J’ai ouvert la porte fenêtre avant de le chatouiller dans sa tanière avec un balai, il file vers la sortie, lève la tête, hume l’air extérieur sans se presser, vaguement intrigué… Il grimpe sur le bas dormant de la porte, prend appui sur ses pattes antérieures, se hisse et file au milieu de la cour, à toute vitesse comme s’il était poursuivi par la police. Ouf ! Généralement, c’est bien plus compliqué que cela, c’était mon jour de chance.
La sècheresse fait crépiter les brindilles. On entend éclater, çà et là, des petites gousses de gesse sauvage, les capsules du compagnon blanc (silène) explosent pour libérer leurs graines. Le vent les enfouira sous des pierres ou les plaquera dans l’anfractuosité d’un talus. Elles passeront le temps mauvais à l’abri en attendant le retour de la vie printanière.
Les arbres souffrent. Dans un jardin voisin, les poires abandonnées par les geais, se dessèchent, parfois se momifient*. Le raisin au grain minimaliste semble avoir plus de pépins que de pulpe, les figues n’enflent pas, se ratatinent et finissent mal. La noix a l’œil au beurre noir, son brou d’ordinaire si vert et si prometteur n’affiche qu’hématomes prémonitoires d’une année mauvaise. Son brou est tuméfié, nécrosé par endroits. Mauvais présage.

Quelques gros lézards courageux sont à la fête. Le soleil est leur ami. Ils semblent jouer au furet en passant par ici et revenant par-là dans les trous des murailles. Ils connaissent chaque galerie, chaque veine secrète et s’amusent à tromper l’importun qui passe et que je suis.
Surpris l’un et l’autre, lui se cache, moi je surveille. Un jeu immanquable, c’est presque toujours ainsi que cela se passe., que vouliez vous que je fisse par ce temps qui vous plonge dans la torpeur ?

Si j’en juge par les erres et les crottes déposées pendant la nuit, les hérissons et les tortues sont encore actifs. J’imagine les roulades d’un petit insectivore transformé en boule hérissée sur les pentes dégagées, piquant au passage les restes de fruits abandonnés. La petite d’Hermann à la carapace écailleuse rigole en le voyant bouler sous son nez.

Le bassin est vide, le fond montre ses larges écailles de vase séchée comme une latérite dans le désert surchauffé. Les plaques aux bords recroquevillés présentent une mosaïque verdâtre qui ne contient plus la moindre molécule d’eau.
Les rainettes ont déserté Aratasca beaucoup trop exposée au soleil de l’été. Elles ont annulé leurs concerts nocturnes.
A la nuit bien tombée, seuls les grillons se réveillent pour un concerto en chaleur mineure ou modérée, dans toute la contrée. Ils stridulent, grésillent ou craquètent pour qui sait faire la différence dans leur mélodie nocturne.

Elle semble jouer du violoncelle pour ne pas perdre la main.
Ça vivote ou ça vit entre désolation et chaleur subie.
A la brunante, comme pour un rappel avant de lâcher un peu de fraîcheur à la nuit tombée, le ciel éteint progressivement ses dernières flammes, l’astre est tombé derrière les sommets, tire ses dernières braises et la voute céleste s’assombrit, se piquetant d’étoiles.
Un bleu nuit intense s’installe au firmament, d’innombrables scintillements murmurent leur chanson sans son comme écrite par une certaine Véronique aphone.
Des yeux se lèvent vers les galaxies et chacun écoute ces notes secrètes, dans un profond silence, ils entendent une mélodie.
Seul dans la nuit, l’imagination en totale liberté, je m’invente des rêves enchantés sans trop Râ Râ râler !
*Poire momifiée, image en titre.
Que tout cela est décrit, toujours un vrai plaisir. Bon dimanche Simon.
Tout le plaisir est dans l’art d’écrire.
Bon dimanche Chat. 🙂