L’esquive.

L’esquive est une autre dérobade.
C’est un moment de philosovie à la bonne franquette.
C’est un bavardage qui nourrit l’illusion d’aller de l’avant alors qu’on n’avance guère du moindre millimètre.
Paradoxalement, même si l’on piétine, ce n’est pas un bavardage vain.
On ne peut traverser une vie entière sans penser un instant au mystère de l’après vie.
On sait qu’on va mourir mais on ne le croit pas, c’est un équilibre de survie qui installe la paix dans l’âme.

Parfois, je me demande comment une personne rationnelle, amoureuse de la logique, ce que je suis, peut passer autant de temps dans les étoiles à s’inventer des possibles si éloignés du probable.
C’est ainsi que les hommes vivent, pourtant.

Je pense avoir trouvé, sinon le pourquoi, du moins le comment.
Être dans les étoiles n’est pas forcément vagabonder au-delà des nuages, en errance et sans but.
Rêver d’astronomie mêlée de vague transcendance, pour chercher un sens à la vie, reste profondément humain. Il faut creuser et creuser encore au fond de sa réflexion onirique pour se rendre compte qu’il n’y a point de lumière en vue dans le trou sans fin comparable à celui du tonneau des Danaïdes..
D’autres y trouvent lumière instantanément, sans même chercher, une sorte de révélation qui apaise. Une tranquillité dans l’âme, s’installe pour mener sereinement le reste de sa vie.
Nous ne sommes pas interdits de comprendre, mais ce que nous cherchons à élucider est impalpable, inaccessible, une anguille insaisissable qui nous file perpétuellement entre les doigts.
Je ne trouve rien, rien du tout, englué dans l’histoire de l’œuf et de la poule.

Parvenu à ce stade, je vis les pieds sur terre, je m’engage dans le carpe diem.
Pour me distraire, je voyage inlassablement dans l’imaginaire, non pour creuser encore mais animant des visions qui me plaisent et m’enchantent. 
Les étoiles et l’immensité sidérale m’ont toujours fasciné.
C’est un pur vagabondage idéel sans autre but que ravir mon esprit.

Il m’est arrivé de souhaiter un débarquement d’extraterrestres suffisamment pacifiques et évolués, en totale confiance, pour faire un tour avec eux dans leur galaxie.
J’en ai rêvé lorsque très jeune, le soir dans mon lit, j’avais du mal à trouver le sommeil.
C’est sans doute assez courant lorsque le comptage des moutons s’éternise.
J’ai toujours eu envie de m’inventer – puisque je ne sais rien – d’autres mondes, avec la probabilité de découvrir une existence, proche de zéro dans mon laps de vie.
Même avec une vie de Mathusalem, je ne trouverai rien. Vivre 969 ans, comme lui, me conduirait à fouiller tous les recoins de mon esprit pour des prunes aussi.
Le temps presse, l’imagination au service du réel suffit à inventer l’inutile qui plait.
J’agite mon va et vient entre réel et imaginaire lorsque la nuit m’enchante de ses clignotements mystérieux.
Mon aéronef voyage sans carburant et sans faire de bruit.
Je fouille l’espace, je m’émerveille de découvertes aléatoires surgies d’un esprit en vadrouille, pourtant convaincu que je ne cesse de piocher dans l’eau.

Des petites créatures vertes, scandaient mon nom, me saluant au passage. Curieusement, elles ne souriaient pas. Dans leur monde, la joie est plutôt inquiétude. On scande sans humeur joyeuse, l’anxiété se lit sur leurs visages, elles se réjouissent dans la tristesse, le tracas, la crainte et le malaise. Leurs émotions n’engendrent pas les mêmes attitudes que les nôtres.

Je propulse ma vie vers le trou noir, là-haut au fin fond des galaxies. Cet endroit d’où rien ne sort, emprisonné dans un tourbillon inimaginable qui ne laisse poindre ni matière ni lumière.
Est-ce là que se cache le mystère ?
Me voilà satellisé au bout des mondes, et brusquement, cette gueule à néant m’engloutit.
Mon omniprésence absurde cherche une conscience dans l’absence de tout… Le côté obscur, l’impalpable, l’incompréhensible, me conduisent à inventer, à inventer encore et encore pour renforcer le doute.
Inlassablement, ne rien trouver.

C’est le moment angoissant de la vie qui se représente la mort.
Comment passer de l’être au néant ?
On n’imagine pas le néant.
Le vide absolu ne peut habiter une conscience.
Chercher à mettre des mots sur le néant est insensé car nous parlerions d’un néant qui vit et qui donc a des repères. Le néant est absence de repères, inaccessible à la vision et la réflexion.
On le nomme néant mais il n’a pas d’image et aucun mot ne peut le décrire.
Son existence est supposée jamais objectivée.
On nage dans l’absurde absolu sans le savoir.

Longue vie ou courte vie n’a pas de sens.
Le temps est un leurre. Temps long ne vaut pas plus que temps court. Quelque soit le cas, il est vite parti. Il faut intégrer cette notion de temps pour lâcher prise et vivre, presque libéré de tout et de rien.

S’extasier devant la longévité d’une personne qui a vécu cent ans est insensé. Cette personne n’est plus, elle n’a d’existence que dans l’esprit de ceux qui se souviennent. Seul, l’ici et maintenant garde tout son jus. Passé et avenir ne sont qu’évocations du vivant. L’un n’existe plus et l’autre n’existe pas. On a connu le passé, le futur reste un grand point d’interrogation.
Quel est le sens d’une vie passée qui laisse aux vivants l’énigme de l’œuf et de la poule ?

Je profite de l’absurde pour m’imaginer dans l’au-delà, alors que je suis encore dans l’eau d’ici…
Je me fabrique des frissons post mortem car les frissons sont d’ici.
L’idée de la mort est-elle insupportable ?
L’homme n’a pas d’autre solution que le mirage.

Avec l’esquive, la vie devient plus douce, je m’imagine une suite à ma guise, sur mesure.
Je ne sais rien, alors je m’invente tout, en sublimant le leurre qui fabrique mes pensées.

Ce texte est né d’une image. Celle qu’on voit dans le titre.
J’avais levé les yeux au ciel et le ciel brûlait mes pensées.
Je vis l’endroit se transformer comme si la fin du monde venait de sonner de manière mystérieuse.
Je fus transporté dans la chambre de mon enfance.
C’était l’hiver, il faisait froid, le vent soufflait par rafales rageuses, à l’intérieur, la chambre était glaciale.
Sous les draps et les couvertures régnait la douceur d’un cocon.
Une invitation à l’onirisme avant de m’endormir, il faisait bon rêver.
L’univers m’appartenait.
Je voyageais en totale liberté.
En errant dans l’imaginaire, je visitais toutes les galaxies…
C’était il y a déjà fort longtemps, c’était beau !

L’immensité sidérale est-elle le royaume d’un divin ou le simple fruit de mon imagination ?

*A propos du dessin. J’ai imaginé des petits hommes verts postés quelque part dans le ciel, qui attendaient mon passage comme on attend un cycliste échappé dans une course de montagne. C’est plus réjouissant d’imaginer qu’on est attendu quelque part, vous l’avez compris ce n’est qu’un clin d’œil de plus à cette mystérieuse inconnue qu’est la faucheuse.

Ces ciels qui changent et parfois intriguent.

En libérant l’imaginaire on s’octroie le don d’ubiquité…

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