Suis-je devenu « campanophile » sans le savoir ?
Croyant ou pas, sympathisant ou mécréant militant, dans bourgs et villages, du nord au sud de l’ile, l’église, le parvis, le chœur, la nef et le clocher sont les points nodaux d’importance de la vie villageoise.
Je me suis construit à l’ombre du clocher.
On me voit partout présentant « i campanili » de la région.
L’idée m’est venue alors que je m’amusais à coupler des photos. Le plaisir de constater les effets d’une telle superposition d’images présidait à ce rendez-vous loufoque.
Le résultat est très variable. Parfois bluffant, parfois moins réjouissant car cette technique n’est pas toujours idéale pour un meilleur rendu. Le flou, le manque de netteté sont au rendez-vous de l’aventure, le filigrane est roi, parfois. C’est bien l’effet recherché, je ne vise point la prouesse technique ni la netteté mais l’idée qui s’en dégage. Je privilégie de présenter le clocher de manière inhabituelle que j’espère originale
C’est en corse que le titre m’est apparu en premier : « L’avvinta di u campanili« .
La balade du clocher, en vadrouille dans son village. Je cherche à associer des endroits éloignés du clocher d’où il n’est pas visible, le plus souvent. Voilà pourquoi l’idée de vagabondage d’un clocher dans son village a surgi dans mon esprit, un jour de grande oisiveté.
Le résultat, disais-je, est aléatoire parfois curieux ou énigmatique.
J’avais enrobé l’idée originelle d’une idée originale « E tuttu hè » c’est à dire « Tout fait sens pour quelqu’un » pour justifier ma démarche.
Cela a fonctionné lors de mon expo, car les visiteurs sollicitaient des explications, sans cela, ils seraient passés à côté de l’histoire, du fil de chaque image. Il était presque vain de porter un regard personnel même d’artiste, on serait à côté de « Cela n’est pas une pipe » cher à Magritte.
J’ai proposé six versions du clocher de Levie en vadrouille, elles sont toutes parties mais force est d’avouer que celle qui fit un tabac, emportant le plus de suffrages est celle-ci dessous.
Le clocher presque masqué par un tilleul au mois de novembre photographié derrière la colline qui masque l’église, juste à côté de ma maison

L’image qui suit est un couplage de Funtanedda à la sortie du village en allant vers Carbini. C’était l’automne aussi, j’ai volé ses couleurs pour embellir les alentours de l’église.

Cette troisième est une allégorie, l’association du Paradis avec le clocher. C’était un mois de février au soleil couchant qui inondait d’or le saule pleureur qui domine la fontaine du Paradiseddu (Petit Paradis).

Une est en noir et blanc, c’était un essai, quelqu’un l’a aimée et l’a embarquée.

La suivante, qui n’a pas été retenue pour l’expo, associait le quartier Insorito. Je tournais le dos au clocher, il a trouvé moyen d’apparaitre à côté du cerisier pourtant situé très loin du côté de Vitalbetu.

Lors d’un passage au cimetière, je cliquais de divers endroits, tantôt à l’est, tantôt à l’ouest de la nécropole. (Image en titre)
Enfin, ci-dessous, une vue du village comme un substrat nourrissant le clocher qui s’élève majestueusement vers les cieux.

J’ai reconduit le même principe pour tous les villages de l’Alta Rocca, 16 photos, je crois.
Cette expo n’est pas possible, faute d’emplacements avant mi-année 2026 ou début 2027.
Je vais la fractionner par secteurs, le tallanais, le levianais, le quenzais.
Je vous les présenterai lorsque l’idée aura fait son chemin.
Ces photos seront chez moi demain, au format 40X60 cm, toutes en alu résistant aux UV et aux intempéries.
Elles sont très lourdes en paquets, plusieurs kilos pour une vingtaine de clichés.
Le clocher était pour moi, une sorte de boussole pour retrouver le cœur du village.
Il était visible de n’importe quel endroit dans les quartiers, presque.
L’église m’a fortement marqué et fait partie de mon histoire.
Je suis passé par toutes les fonctions d’un enfant de cœur. Du carillon au claquoir, de l’alimentation du bénitier à celui de l’encensoir, des burettes à l’étouffoir à bougies… J’ai dû parvenir au grade d’enfant de cœur en chef à un moment de ma vie. Il m’arrivait de passer souvent par confesse surtout les jours creux. Ces jours où peu de dames se pressaient devant le confessionnal, le curé nous sollicitait davantage ces jours-là pour avoir son quota de pénitences.
Je faisais l’apprentissage du mea culpa en sélectionnant les péchés. Ceux à purger d’urgence, en me gardant bien de livrer les moins avouables car hors le « Je vous salue » et le « Notre Père » qui lavait les plus sévères, j’ignorais quelle était la pénitence suprême. Je n’en disais pas trop pour éviter des fourches plus caudines.
Je ne mettais jamais mon permis de pécher en danger en perdant tous mes points d’un seul coup. Cela m’apprenait à être raisonnable dans mes aveux, je testais, j’éprouvais la vie.
Le plus curieux dans l’affaire était ma capacité à raconter n’importe quoi pour justifier mon passage devant le confessionnal. Il m’arrivait de mentir en avouant des fautes jamais commises.
Parfois il me semblait incongru de passer devant le curé pour dire : « Pardonnez-moi mon père parce que je n’ai pas péché ! » Il m’arrivait de rire sous cape en imaginant m’en tirer avec humour et affirmant :
– Pardonnez-moi mon père parce que j’ai pêché la truite. Très jeune, je courais les ruisseaux.
Ce disant, je risquais la correctionnelle au confessionnal, ma folle pensée resta secrète, au grand jamais je n’aurais osé franchir ce fou Rubicon.
Vous comprenez pourquoi j’aime tant notre clocher ?
Il a nourri ma vie faisant de moi un agnostique. Un bonhomme ordinaire qui s’amuse avec la vie sans renier ses racines fondatrices. Du croire au doute, il n’y avait pour moi qu’un pas.
Je ne sais rien, les voies du seigneur sont impénétrables, je me garde bien de m’aventurer sur ses sentiers.
Lorsque je regarde notre vieux clocher, j’ai l’impression qu’il se gausse en me toisant du haut de ses 25 m. Imperturbable et toujours aussi majestueux.
Quand vous saurez qu’il se charge de capturer la foudre depuis sa croix finale pour épargner le village de quelque éclair malveillant, vous comprendrez mieux pourquoi on le vénère tant, notre clocher.
Paratonnerre de surcroît.
Alors suis-je un agnostique devenu campanophile ?
Evidemment non, un campanophile collectionne les cloches, non les clochers.
Carillons, clarines, clochettes ou bourdon, toutes tintent au-dessus de mon esprit pour saluer les idées qui fourmillement dans ma tête.
Ding, ding dong, ding ding dong…
Et par tous les chemins, il revient.
Une réussite tous ces clochers !
Dommage que vous ne pouviez exposer plus souvent.
J’habite au pied du cocher de l’église de mon enfance… j’ai l’impression qu’elle m’appartient un peu 😉
Bonne fin de samedi Simon.
C’était ma 5e expo.
Celle qui devait suivre est condamnée à attendre mi 2026 ou début 2027, je ne peux plus me projeter dans le temps sur de longs mois.
J’ai été trop rapide ou pas assez sage, toutes les photos vont arriver demain, je dois donc trouver un moyen détourné pour me tirer de cette affaire onéreuse.
Je m’en remettrai quoi qu’il en soit. 🙂
Bon WE Chat.