J’entends sonner les cloches de Sainte Marie.
La vie réserve de bonnes surprises à qui sait les débusquer.
Il y a une dizaine de jours, j’étais invité à une conférence.
On y présentait des chants corses enregistrés en 1949.
Que m’a-t-il pris d’y aller alors que je savais que je n’entendrai rien ou une vague musique bourdonnante, au meilleur de mon ouïe ?
J’ai reconnu la voix de mon grand-père, un chanteur lyrique devant la cheminée de notre chaumière de la Navaggia durant les longues nuits d’hiver. Il avait la voix d’un chanteur d’opéra, c’était de notoriété publique, il se produisait dans les rues du village bien après la nuit tombée. Son timbre si particulier était instantanément reconnu.
Sylvain portait le même prénom et le même nom que notre grand-père. Ils se vouaient une grande admiration. Mon frère cherchait parfois à l’égaler en chantant comme lui, la comparaison était pâle, mais force était de constater que ses essais multiples l’avaient fait grandement progresser dans l’art vocal. Notre missiau, croyait tellement en son petit fils qu’il lui avait prédit une carrière de médecin, il m’octroyait un avenir de pharmacien. Ses prédictions ne furent pas suivis d’effet, s’il était fan de Mario Lanza et l’accompagnait devant le transistor sans démériter, il n’approcha guère le talent d’un Nostradamus visionnaire.
Ce lundi 25 août, aux obsèques de mon frère, j’avais à cœur de les réunir encore une fois, grâce au chant. Je m’adressais ainsi, aux personnes présentes :
– Il y a quelques jours, je recevais un enregistrement datant de 1949. Notre aïeul chantait : « Sentu sunnà i campani di Santa Maria ». Mon frère, déjà très affaibli, n’était plus en mesure de l’entendre, je vous propose de l’écouter tous ensemble à leur mémoire. Je vous remercie. »
Ce voceru exprimait la douleur d’une mère qui pleurait son enfant tué à la guerre de 14/18 et entendait sonner les cloches.
Notre ami Damien Delgrossi ne m’en voudra pas d’avoir pris cette liberté sans avoir sollicité son aval…
A quoi servirait une chanson si elle reste muette ou même confidentielle ?
C’était la meilleure façon de faire revivre les deux Sylvain dans un clin d’œil adressé à l’au-delà.
Sans doute, les vitres des cieux ont dû trembler en les écoutant chanter à l’unisson :
Sentu sunnà i campani di Santa Maria…
Sylvain a été enterré dans les plus pures traditions corses, le village s’était mobilisé, chacun dévolu à sa tâche, ils ont salué son âme et se sont rappelés aux bons souvenirs. J’ai beaucoup apprécié cette ferveur collective, les habitants des hameaux environnants étaient présents et sont venus m’embrasser, moi l’inconnu, frère de sylvain.
C’était en Castagniccia, ce 25 août 2025, terre restée profondément enracinée dans ses valeurs ancestrales.
Sur son cercueil, on avait déposé le portrait de notre grand-mère, une photo qui trônait dans sa chambre, ensemble, ils sont partis à la recherche de Silviu Pucci, grand-père chanteur lyrique dont la voix rebondissait entre les poutres de notre maison…
A bientôt tous les miens, déjà partis dans les étoiles, le temps est une imposture, j’arrive.


Très émouvant Simon, il reste encore des traces de nos traditions et fu respect de ceux qu’on aiment, figure-toi que ce matin , evec d’autres , nous chantions la messe d’obsèques d’un ancien confrère, un bel âge, 91 ans.
🙏⭐️🙏
Cher simon,
Bel hommage à votre frêre , grand père et ancètres , quelli riposinu in santa pace i grazia di santa maria .
Très bel hommage à Sylvain ainsi qu’à ceux qui sont partis avant lui. Ils reposent tous en paix et sont désormais réunis pour l’éternité. Ce n’est qu’un aurevoir. Nous retrouverons un jour ceux qui nous manquent terriblement🙏🙏🙏🕯️.