Cette expression corse que sortaient nos anciens chaque fois qu’un coup tordu faisait irruption dans le quotidien, pourrait être traduite par « Tout va à vau l’eau », « Tout devient n’importe quoi » et littéralement, « Il n’y a plus un petit coin propre et net ».
Depuis un mois environ, la saison des colis manqués bat son plein.
On m’annonce l’arrivée quotidienne de bel et bon cadeau en provenance de grandes surfaces très en vue.
Du bricolage au loisir en passant par le petit électroménager, je serais très gâté, couvert de présents émanant de personnes hautement philanthropes.
Des gestes qui saluent ma fidélité là où je n’ai jamais mis les pieds.
Ce matin, après une rafale de messages identiques, je recevais ceci :
« Vous êtes sélectionné, votre cadeau vous attend, un pack de deux outils sans fil…
Je réclame mon pack, cliquez ICI«
Le piège est tendu, si l’on entre ICI et qu’on suit les instructions, on est cuit !
Le compte en banque va tanguer.
C’est la grande mode, une vague, que dis-je, un tsunami qui touche le pays tout entier.
Il n’y a pas un seul jour, sans une flottille de bonnes nouvelles, comme une tournée de père Noël.
En ces moments de cocagne, des mystérieuses personnes me voueraient un amour fou.
Elles se montrent généreuses, prévenantes, en sollicitant vigilance accrue afin qu’aucun présent ne manque à l’appel et me parvienne à domicile dans les meilleurs délais.
Cela fait chaud au cœur de constater à quel point « les boîtes commerciales » veillent sur leurs clients fictifs.
Les brouteurs de tout poil, herbivores qui adorent le blé en monnaie sonnante et trébuchante, charognards à l’affût, voraces de comptes en banque, tous sont très actifs en ce moment.
Cela n’arrête pas, ils pianotent sans cesse sur leurs claviers après avoir repéré adresses mails très nombreuses.
Nous vivons dans un monde habité des fous furieux qui ne font guère dans la dentelle et ne s’embarrassent de scrupules.
Ils s’attaquent aux plus faibles, ce sont toujours les mêmes qui trinquent.
On invente des associations charitables pour venir en aide aux plus démunis, ces derniers sont une proie facile et très vulnérable.
Genre humain, d’ici ou d’ailleurs, as-tu encore une âme sincère et altruiste ?
On s’éloigne de plus en plus du respect du prochain, seule, compte la juteuse arnaque qui pompe les uns pour gonfler le portemonnaie des autres.
L’Intelligence Artificielle n’aurait-elle que des vertus cardinales ?
Lorsqu’elle tombe entre les mains des plus grands escrocs de la planète, ne serait-ce que pour corriger les fautes, elle devient redoutable.
A n’en pas douter, il y aura bien quelques âmes charitables dans notre cher pays, des personnes naïves, suffisamment altruistes pour dire que ces brouteurs d’ici comme d’ailleurs sont dans le besoin, des personnes dans le besoin de portables du dernier cri et de poches à remplir… Ces esprits faibles, compassionnels et lénifiants qui volent au secours des escrocs sont à plaindre aussi mais font des ravages collatéraux dont ils ignorent le terrible impact.
Notre humanité n’a plus rien d’humain, c’est à celui qui trompera allègrement son monde, avec le sourire aux lèvres et la satisfaction d’avoir attrapé beaucoup de poissons frais.
Des pauvres pécheurs qui ne songent qu’à remplir leur filet.
Il y a des moments où j’ai envie de croire au ciel comme à l’enfer afin qu’un divin épingle tous ces malintentionnés.
Ils s’en fichent royalement, même croyants, ils sont plus enclins à penser :
Aide toi car le ciel ne bronchera pas !
Certes, l’arnaque a toujours existé, elle se démocratise, se banalise et devient massivement sport mondial. Elle mourra de sa trop grande visibilité, de son usage immodéré.
Une autre forme naitra de ses cendres.
Ne vous inquiétez pas pour mes colis non reçus, faute de présence à la maison, je ne me savais à ce point très amateur de commandes sur internet.
Leur relance est inlassable, les spams défilent à tire larigot, ils n’en ont cure, ils arrosent, inondent, en espérant tomber sur un faible.
Je vous remercie de vous être inquiétés pour moi…
Je parie que vous aussi, cher lecteur ou lectrice, n’échappez à cette pandémie de l’art de bien gagner sa vie en pompant sur le labeur des autres.
Où va notre monde ?
C’est ça notre monde va à vau l’eau…