Geais, tu as, il n’a plus rien…

Depuis une décennie, une colonie de geais s’est installée autour du jardin.
Il y a beaucoup de chênes, c’est là qu’ils gîtent à longueur d’année, qu’ils nichent, pondent et prospèrent.
On les appelle les geais des chênes, ce n’est pas un hasard.
Ils passent leur temps à venir dans ma cour, ils scrutent l’endroit, fondent sur quelque chose que je n’ai pas vu puis s’enfuient en lâchant un cri rageur pour afficher leur mécontentement. Ils sont très méfiants et n’aiment pas être dérangés.
Mon jardin est devenu un restaurant quatre ou cinq étoiles pour corvidés.
Tout y passe même les noix.

Cette année, les cerises n’ont pas fait un pli et ne sont pas parvenues à maturité, j’ai dû en goûter une vingtaine. Ils ont dévalisé les deux cerisiers, l’un semi précoce et l’autre tardif. De quoi assurer un bon mois de nourriture, ils étaient chargés de beaux fruits, les gros passereaux aux reflets bleutés se sont chargés de les décharger. Inutile de prévoir une récolte différée, en un jour tout a disparu.
Ils abandonnent des drupes à peine blessées d’un coup de bec, un peu partout.
Les merles, moins bruyants et moins ostentatoires, ne sont pas en reste, ils prélèvent leur dû.

Dès le mois de juin, le poirier était visité, les poires étaient toutes poinçonnées, portant des blessures profondes sur leur galbe le plus charnu.
Les pruniers d’Oullins et de reines-claudes, que je devais cueillir à la mi-août, ont été chapardés à la mi-juillet encore vertes. Mes trois arbres plombés de drupes ont été dévalisés en deux ou trois jours. Il n’y a plus rien.
Le raisin, d’ordinaire épargné, est déjà égrappé à moitié alors que les grains sont encore très verts.
Les figues, dont la promesse était abondante, ont le ventre ouvert par les coups de bec incessants.
Les tomates sont crevées et leur jus dégouline abandonnant quelques graines au pied de la plante.
Je ne vais tout de même pas créer une brigade jardinière pour volatiles chapardeurs, armée jusqu’aux dent !

Si je devais recouvrir de filets tous mes arbres fruitiers pour les protéger, mon jardin serait un vaste étendoir de pêcheurs. Je n’ai plus la souplesse d’enguirlander les arbres qui ont pris grande ampleur.
Poser et déposer des filets n’est pas une mince affaire et décourage le plus souple des gardiens de verger.
Ne me parlez pas non plus d’installer des CD pour les effaroucher, il s’en servent pour se mirer et s’admirer et tarderont pas à trouver le moyen de les mettre en musique. Quant aux épouvantails, ils n’épouvantent plus personne, il y a même un geai qui ricanait :
– Tu me prends pour un geai du moyen-âge ? C’est dire comme ils ont progressé !

Naguère, les geais hésitaient à s’approcher des maisons, aujourd’hui, c’est tout juste s’il ne viennent squatter l’habitat pour être plus confortables et prélever quelques comprimés dans l’armoire à pharmacie pour soigner leur obésité naissante. Ils ne font plus d’efforts, ils se dégourdissent à peine les ailes puisque de leur perchoir au jardin, il n’y a qu’un plongeon.

Au printemps, j’étais heureux de voir la grande promesse de récolte, aujourd’hui tintin.

Geais, tu as, il n’y a plus rien, c’est la chansonnette des corvidés. (Les geais sont des corvidés, si ce n’est leur plumage zébré d’azur profond, leur bec en forme de pioche en témoigne fortement)
Je crois que je vais faire table rase, couper tous les fruitiers. Puisqu’ils ne partagent rien, les geais iront voir ailleurs… Je leur indiquerai quelques supermarchés bien fournis mais avant, il faudra qu’ils apprennent à lire mes pancartes et ça c’est moins sûr…
Ils sont devenus les fainéants gloutons des hôtes de nos jardins.

Regardez cette avidité et ce gaspillage. On commence un fruit et on passe à l’autre, tous sont frappés à coups de bec et aucun n’est fini.
J’étais loin et caché, il était sur le qui vive. Vous avez vu les fruits saccagés ?
Dans la cour, il n’était pas des plus contents avec son air renfrogné.


5 Comments

    1. C’est vrai, j’en ai fait un texte d’humour mais c’est rageant et décourageant, je vais vraiment tout couper, ça ne sert à rien, on a perdu d’avance et il y a de plus en plus de monde.
      Un villageois âgé qui a lu le texte me rappelait que naguère, du temps où l’on vivait de jardins, les supermarchés n’étaient pas arrivés jusqu’ici, c’était le même phénomène. Pour éviter que les gens abandonnent les jardins, les geais étaient mis à prix, la municipalité récompensait les trophées. La régulation avait bien fonctionné limitant les invasions des jardins et puis à l’arrêt tout a recommencé.

  1. Tout couper c’est triste.
    Il faudrait reprendre la sage mesure du nombre… mais comme maintenant le bon sens n’a plus cours… bon courage .

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *