Nostalgie et croyance… un plongeon dans l’agnosticisme.

La place de l’église est pour moi un passage obligé. Je dois la traverser ou la contourner chaque fois que je « monte » au village. Et, même si je veux l’ignorer, le clocher qui domine toutes les maisons m’indique la direction. Il est la boussole incontournable de nos contrées.

Le temps a passé trop vite. J’étais un enfant de cœur assidu au point de servir toutes les messes matinales juste avant d’aller en classe. C’était souvent in extrémis que je franchissais la grille de l’école. Cela m’a beaucoup servi, j’étais devenu un coureur de fond inépuisable grâce à cet entrainement quotidien.
La salle de classe était située à deux minutes de l’église à condition d’accélérer les sprints à des endroits stratégiques pour être dans les temps, pile poil à l’heure de la sonnerie. Je n’ai pas souvenance d’être arrivé un jour en retard, je craignais trop les cent lignes : « Je ferai mon possible pour arriver à l’heure à l’école ».

L’église, j’en connaissais tous les recoins de la nef à la sacristie, et disais parfaitement la messe en latin que j’avais intégrée à force d’entendre le curé. J’étais agenouillé juste derrière lui sur les marches qui mènent à l’autel, mille fois ses mots répétés en écholalie par les fidèles résonnaient à mon oreille droite, unique canal auditif entrouvert sur les sons et les voix.
Ma tante, sacristine, avec qui je vivais, rêvait de me faire curé.
Elle m’écoutait, devant la cheminée qui me servait d’autel, récitant quelques paroles latines fraîchement apprises. Elle avait envisagé, un Noël, de m’offrir une robe de bure.
Elle sériait les étapes, la première monacale avant avant le séminaire.

Je ne pense pas avoir eu quelque croyance profonde mais m’être prêté au désirs de tante Marie, par conformisme, pour faire plaisir au souhait de toute la famille.

Marie, très proche du chanoine, m’obligeait chaque samedi à passer par confesse pour purger mes péchés. Elle était une inconditionnelle du confessionnal et je crois bien qu’aucun de ses péchés ne parvenait à passer à travers les mailles du filet divin.
J’invitais « Mon Père qui est aux cieux » à me pardonner parce que j’avais péché.
La formule était toute prête, immuable, on ne se demandait même plus si nous avions fauté durant la semaine, on allait à confesse par habitude. Lorsque j’étais à court de mauvaises actions ou de vilaines pensées, je piochais dans une liste secrète pour m’accuser à tort d’avoir fauté. Je dénonçais des peccadilles inventées qui me valaient toujours quelque « Je vous salue » pour des prunes. Le « Notre Père » soulageait les fautes plus graves, lorsque parfois je tentais un péché mortel déniché dans le missel. Il me semblait bizarre que le confesseur morde à mes mensonges lorsque je m’accusais de chapardage de cerises hors de saison.
Ne comprenant pas trop son manque de réaction, je me persuadais qu’il devait croire à quelque péché déjà ancien que j’avais oublié d’avouer. Allez savoir !
Mystère, je n’échappais jamais à pénitence.

Agenouillé devant un saint que le curé avait désigné pour me faire pardonner, je m’interrogeais sur son peu de perspicacité devant mes impostures et cela commençait à semer le doute dans mon esprit. Pourquoi m’envoyer devant les saints plutôt que Dieu lui-même ? Etaient-ils de service jour-là ? Ou Dieu trop occupé à d’autres tâches n’avait sans doute pas que ça à faire, perdre son temps à lessiver mes bêtises. Avec tout ce monde qui était dans mon cas, imaginez ses occupations, il passerait son temps le nez fourré dans nos accidents de parcours. Je me demandais à quel moment, il pouvait souffler un peu et porter la bonne parole.

Ces moments de repentance, sont des moments de forte réflexion pour qui n’a définitivement sombré dans la béatitude. Une multitude de questionnements fourmillait dans ma tête.

Mes parents se plaignaient toujours de n’avoir jamais de fleur après une procession alors que je n’en loupais pas une. A la fin de chaque procession, les fidèles rapportent toujours quelque relique végétale, un souvenir de leur communion pédestre.
Ce jour de la Saint Antoine, j’étais bien décidé à rentrer chez moi avec une fleur de lys. Le piédestal qui supportait la sainte statue en était jonché, quasiment couvert. Je n’ai pas quitté St Antoine d’une semelle durant le trajet et me tenais à son flanc au retour à l’église.
A peine, le prêtre eut-il donné son dernier coup de goupillon d’eau bénite, je m’emparais du trophée qui devait tant faire plaisir à mes parents. Le curé était juste derrière moi et d’une claque magistrale sur la nuque me fit lâcher prise, je remis illico la fleur de lys à sa place.
Je crois que ce jour-là, la taloche bénite a mis de l’ordre dans ma tête.
Réveillé par le choc, entre l’envie de faire plaisir à mes parents et la réaction ecclésiastique, mes neurones n’ont fait qu’un tour pour rétablir les synapses foireuses.

Depuis ce jour-là, je n’ai plus remis les pieds à l’église. De croyant pratiquant assidu, je suis devenu agnostique. Oh, ce ne fut pas instantané, mais la démarche était engagée et, relativisant le « savoir » des hommes en la matière, je me disais, « Si Dieu existe c’est bien son affaire ». Si ses voies sont impénétrables, je n’y ai pas plus accès qu’un curé, un évêque ou un pape. S’il est un domaine dans lequel nous sommes tous à égalité parfaite, dans l’ignorance totale, c’est bien au sujet de l’existence de Dieu.

De longues années sont passées, mon doute n’a jamais failli dans un domaine où l’on s’épanche beaucoup, sans que l’on sache vraiment de quoi on parle.

Tout cela me dépasse infiniment, je n’y touche plus.

S’il est le « Tout Puissant » que l’on dit, longtemps, très longtemps avant, il savait déjà ce que je pense aujourd’hui et dirai demain. Cette absurdité de vouloir placer dans le temps un être éternel, me conforte dans mon idée et me permet de dormir sur mes deux oreilles.

Il m’a compris, il me sourit parce qu’il m’ignore et qu’il est partout où je ne suis pas.
J’entrevois le bout du chemin, la fin arrive toujours trop vite…
Plongé dans le grand abîme, saurai-je, enfin ? 

La vie et la mort se font toujours face tant que la faucheuse n’est pas passée.
Après, sera-ce une autre histoire ? Je m’arrangerai pour vous le dire, si l’occasion de revenir vous voir m’est donnée…

Requiescat in pace, j’espère que la paix éternelle me sera offerte.

Les deux photos que vous voyez, figuraient dans l’expo.
« L’avvinta di u campanili… » Le clocher en vadrouille dans le village.
Des endroits éloignés d’où on ne voit jamais les deux.
En titre : Le clocher visite « U Paradiseddu » (le petit Paradis) au fond du village.
Ci-dessus, il visite Funtanedda (lieu dit « la petite fontaine »).

2 Comments

  1. C’est très beau et réaliste ,bien souvent nous quittons les bancs de l’église à cause d’une cathéchiste , vieille et argneuse ou d’un curé à cheval à la bible ou à un testament .
    Mais l’enfant est malin…🙂😉

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