Les dernières châtaignes.

IMG_3061Aratasca est un vrai paradis.
Aujourd’hui, le ciel était radieux, le temps presque estival, la vallée d’Archigna se prélassait aux rayons de soleil. Je vivais dans Le calme et la solitude absolus. Un endroit où les oiseaux aiment passer et ne manquent jamais de me saluer en marquant une pause sur le grillage ou sur les althéas. Ils savent que bientôt, si le froid est trop vif ou que la neige blanchit la nature, je serai là pour les aider à passer cette mauvaise période. La cohabitation est tellement agréable lorsqu’à travers la vitre, je leur tire le portrait. Certains, comme les pinsons, prennent la pose à hauteur de visage, pendant que d’autres plus craintifs, comme les rouges-queues, ne restent pas longtemps en place. Cela donne lieu à des ballets plus vivants, des instantanés flous tout aussi plaisants.
Entre un texte, un coup de pioche au jardin, un tour à la cuisine, une visite aux poules, je nage dans le bonheur. Tout me semble tombé du ciel comme un cadeau divin. Il sait pourtant que je me cache pour éviter d’être repéré trop tôt. Devant son silence, je finis par ne plus m’inquiéter, c’est très bien ainsi. La sérénité.
Dans mon nouveau jardin pentu, les aulx, les échalotes et les oignons sont déjà bien avancés, prêts à passer l’hiver. Les petits pois et les fèves sont dressés vers la clémence céleste du moment. Demain, je ferai un feu pour supprimer toutes les broussailles que j’ai entassées et qui encombrent le passage. Je préparerai la planche principale pour avoir une idée de ma plantation de tomates au printemps prochain. Le figuier qui avait pris de la force et le noyer qui baissait trop ses branches, m’obligeant à courber l’échine à chaque allée et venue, ont été élagués. Ce n’est peut-être pas le moment mais on s’entend si bien qu’on fonctionne au feeling… Ils me font confiance, je les regarde si souvent. Bientôt, comme je l‘écrivais plus haut, les oiseaux se poseront sur les branches nues de mon noyer qui fait face à ma fenêtre. C’est le meilleur endroit pour le shooting hivernal.
Avant la tombée de la nuit, je parcourais les deux jardins mitoyens pour chercher du bois sec. J’avais envie de griller les châtaignes qui me restaient. Dans le courant du mois de décembre nous nous occuperons du ficateddu et du salcicettu, toujours du côté de la Zinella où nous passons de si bons moments l’été venu. C’est là que se pratiquent les grillades, juste à flanc du four à bois qui passera un hiver tranquille. Il a souffert cet été subissant la chaleur ambiante et celle de la surchauffe pour les pizzas.
Ce soir, c’étaient les dernières châtaignes de l’année. Cela m’a rappelé les soirées de mon enfance devant la cheminée, où tous rassemblés face à l’âtre, nous faisions rouler les marrons entre les doigts pour séparer le fruit de sa coque brûlée. Un moment de silence bercé par le froissement des châtaignes mises à nu puis croquées et mâchées longuement afin que les papilles s’imprègnent bien de ce goût si particulier de farine sucrée. Lorsque la poêle trouée était vide, nous montrions nos mains noircies pour vérifier qui ressemblait le plus à un charbonnier… parfois nous allions nous coucher ainsi, pour donner un surcroît de travail à notre grand-mère obligée de laver dans le bassin ou dans la lessiveuse.
Ce sont ces moments qui ressemblent à ceux de jadis qui me procurent le plus plaisir…
IMG_3070 IMG_3075Le plaisir de vivre à la campagne…
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