Quelle ne fut pas ma surprise, en déambulant dans les parages, de me trouver face à une colonie de tuteurs originaux.
Le tuteur est censé tenir rectitude, faire respecter le droit lorsqu’il protège une personne sous tutelle ou conduire les plants de tomates de manière rectiligne vers le ciel.
Ce jardin ressemblait au mien.
Ne trouvant ni cannes, ni frêne ni sauvageons de châtaigniers, je prélevais des rames biscornues, toutes tordues qui faisaient rire le jardinier chevronné.
L’un d’entre eux, habitué aux rejets de châtaigniers qui ne connaissent que la ligne parfaitement droite, me faisait remarquer l’aspect rigolo de mon jardin.
On avait l’impression que les noires de Crimée empruntaient une voie aérienne pour le moins sinueuse, ondulaient sans accompagnement musical en visant le ciel.
Il m’avait assuré que dans sa région de Castagniccia, où règnent les châtaigneraies, on n’avait jamais vu cela.
Là-bas, on respecte les jardins, on ne fait pas n’importe quoi.
Les potagers sont parfaitement tracés, plantations au cordeau, tout est rigoureusement géométrique.
On n’y voit que parallèles à faire de l’ombre au théorème de Thalès.
Les haricots à rames culminent au septième ciel et sont capables de toiser le jardin d’à côté qu’ils espionnent pour rivaliser dans la varape.
Les tomates seraient plus heureuses en grimpant tout droit sans aucune chicane ni sinusoïde, fut-elle du plus bel effet.
Plus savoureuse lorsqu’elle ne fait aucun effort pour développer son port indéterminé de fruits, en poussant la prétention jusqu’au début de l’hiver.
La Roma, reine des variétés à sauce, s’en fiche et s’amuse en voyant ses voisines s’agripper péniblement grâce au harnachement de rafia.
– O hisse ! O hisse ! s’écrit-elle, est charriant ses copines solanacées.
O hisse ! Moi je glisse sur le sol et n’ai point besoin d’être guidée, j’aime me prélasser sur la paille, m’étirer lascivement pour étaler mon port déterminé*.
Je raconte n’importe quoi mais mine de rien, malgré mes tuteurs tortueux, le jardin s’annonce très prometteur.
Il suffit de regarder les tiges, bien vertes, très robustes, ça va barder dans la canicule, ça va tomater dans le potager comme dans les poêles et les salades à la burrata.
Les oignons rouges sont silencieux et gonflent à vue d’œil, chut, ils préparent la surprise du mois d’août en grand secret.
Quant aux courgettes, les folles, elles paradent à tout va, déjà menacent de me submerger.
Je ne m’en plaindrai pas !
Que la vie est belle au potager !
*La variété de tomate à port indéterminé continue à produire des fruits tout au long de sa végétation.
Celle à port déterminé comme la Roma, produit une quantité limitée, son quota atteint, elle cesse sa croissance et se passe de tuteur.

Le hiboux s’interrogent.

On peut même dire aux hiboux ´qu’ils ont pété les plombs’ 😢😀
Quel beau jardin 😻
Dans mon esprit j’utilisais « ils ont grillé » et c’est moi qui ai pété les plombs en écrivant…
Je vais trop vite pour passer à autre chose, je laisse des plumes 🙂
😀