Empathie.

antiLe terme qui fait titre et appartient à la terminologie du langage psychologique est en fait un vocable très simple à comprendre lorsqu’on prend le temps de l’expliquer dans des situations concrètes.

C’est en écoutant une émission à la télé que j’ai eu cette idée d’explorer ce pan obscur pour beaucoup d’entre nous. Je me mettais à la place des gens qui recevaient ce terme à plusieurs reprises sans avoir de résonnance précise dans leur esprit. Et dans ce cas, toutes les approximations sont ouvertes. Cela m’a rappelé le terme d’ecchymose qui perd tout son mystère lorsque l’on parle de « bleu » qui apparait après un coup…

Je me suis transporté dans le temps, en oubliant la suite de l’émission et voici quel fut mon retour dans le passé.

Une enseignante m’avait demandé d’observer un temps, un enfant de CM2 dont le comportement lui semblait étrange. En apparence, très ouvert, souriant, sûr de lui en toute circonstance. Ses résultats scolaires étaient en dents de scie mais de scie aux dents très marquées, c’est-à-dire qu’il pouvait aller très haut dans la réussite comme très bas dans l’échec. Cela surprenait mais jusque-là personne ne s’en était inquiété.

Je me doutais que son comportement d’enfant si sûr de lui masquait quelque chose. Mais quoi ?

Je l’observais donc en misant sur son autonomie « naturelle » en lui proposant un travail à effectuer sans surveillance de proximité, juste pour analyser ses résultats. Je le regardais de loin, jubilant et pressé de plonger dans les arcanes de mon exercice fabriqué sur mesure. Je savais qu’il se perdait dans les chiffres et les nombres, je lui avais proposé une petite histoire de logique non numérique. Des animaux rentraient dans un bosquet et en sortaient transformés par une fée. Par exemple, s’il entrait un loup, il sortait une puce ; deux éléphants donnaient à la sortie deux canards. Il avait sous les yeux le tableau des transformations, il suffisait de reporter la logique à l’exercice proposé. Il était pressé avouant qu’il avait tout compris. La première proposition était : « Il entre deux loups et un renard, qui va-t-on voir sortir du bosquet ? » A sa demande, je me suis éloigné pour le laisser travailler. Je venais de remarquer qu’il écrivait sur une de mes feuilles laissées sur sa table alors que je lui avais précisé de ne rien écrire dessus. Je me dirige vers lui, il avait noté, parfaitement écrit : « Ils vont attaquer ». En étudiant de plus près son cas, je me suis rendu compte de l’absence du père et à partir de là, j’ai pensé : voilà quelqu’un qu’il ne faut plus laisser « en autonomie », je vais me rapprocher de lui et l’accompagner en construisant tous les éléments de base qui lui font défaut et dévoiler la raison de son excès de confiance… Ses échecs se retrouvaient surtout en mathématiques, révélateurs, disait-on, de l’absence ou conflit avec le père.

A l’inverse, une fillette de neuf ans très fusionnelle avec sa mère, venait me raconter tout ce qui, pour elle, n’allait pas dans sa classe. Je savais ce que sa maîtresse lui disait pendant que sa maman toute rouge pleurait à chaudes larmes. Elles se blottissaient l’une contre l’autre, se consolant mutuellement, et attendaient que je joue « mon rôle de père ». Une émotion, une grande fragilité se dégageaient de cette fusion. Lorsque la fillette avait évacué un peu de pression, j’ai entrepris de m’éloigner progressivement pour la placer plus souvent en autonomie. Trop de bienveillance la maintenait dans un était de dépendance. J’avais anticipé la difficulté mais j’étais convaincu que nous devions prendre cette voie. Elle s’était habituée à ma voix et mon écoute surtout. Nous devions rattraper un peu le temps perdu dans les apprentissages scolaires. Ses capacités étaient intactes, elle devait se prendre en charge pour les rendre effectives. La première étape a été très difficile. J’avais enregistré mes consignes qu’elle devait écouter dans un casque puis exécuter les exercices présentés sur une feuille, au rythme des consignes débitées sur le tempo imperturbable du magnétophone. Elle était prévenue que je ne serais plus d’aucun secours. Elle a traversé des moments de panique en criant et pleurant pendant que l’appareil continuait à dicter comme dans un face à face. Au bout de quelques séances, la confiance commençait à s’installer, elle avait trouvé un rythme dans l’écoute et surtout, son exécution devenait efficace se coupant progressivement de sa quête affective.  A l’inverse du garçon, cette fille avait besoin de trouver une assurance après avoir liquidé ses angoisses dans le cadre scolaire, une fois séparée de sa mère. Je ne fus qu’un médiateur, un révélateur peut-être.

Alors quel est le rapport avec le titre du texte ? Je pense m’être trouvé devant deux cas d’empathie. J’ai compris leur détresse bien plus en m’identifiant à leurs personnalités que par une étude de cas sereine et détachée comme cela se produisait le plus souvent. Je me suis retrouvé dans  leur histoire du moment. L’un masquait quelque chose avec une assurance feinte au départ puis installée ensuite, l’autre, toujours en quête de soutien affectif, perdait tous ses moyens. J’ai pensé qu’il fallait se rapprocher de l’un et s’éloigner de l’autre. En douceur. 

L’empathie désigne la capacité à se mettre à la place de l’autre et se représenter ce qu’il pense ou ce qu’il ressent. Dans le premier cas, on parle d’empathie cognitive (comprendre ses états mentaux et cheminements d’apprentissage), émotionnelle dans l’autre. Dans les deux cas, mes démarches ont été presque spontanées. Je n’ai pas eu besoin d’une longue observation pour comprendre.

Je pense que c’est le propre d’une psychologie humaniste qui confirme l’existence de l’autre. Ce fut ma manière d’être avec cet autre sans aucun calcul ni positionnement. Etre là tout simplement.

3 Comments

  1. Empathie,je ne connaissait pas le sens de ce mot,pour aider ces deux enfants comme vous l’avez fait ,je pense qu’il faut être psy peut être l’êtes vous?
    Bonne soirée

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