Prétentaine.

Lorsque je pars rendre visite à Catherine ou Marianne qui ont habité mon enfance à la Navaggia, je prends mon temps, je lambine chemin faisant.
Mon esprit voyage dans le temps passé, l’œil est vif pourtant, scrutant les surprises qui jalonnent ma balade. J’ai l’impression de courir la prétentaine, d’être en vadrouille avec l’esprit vagabond. Courir la prétentaine sans courir le guilledou, une escapade seulement amoureuse des endroits que je connais et parcours sans trop me presser.

Mars est bien avancé. Le vent, un peu violent ces jours-ci, transporte des fragrances mimosées jusqu’à mes narines. Le grand arbre est chargé de boules ensoleillées, hérissées de petits rayons. Il semble se secouer pour libérer ses poussières lumineuses, petits grains jaunes qui dorent les alentours, par myriades. Une poudre légère valse autour du vieux mimosa et puis s’envole par-dessus les toits. Eole tout en joie, poudroie.

Le noyer attend le printemps. Dressé comme un voile tout en dentelle, jouant des effets dorés du lichen arrimé à ses branches, profite des derniers rayons de soleil, laisse, presque en filigrane, miroiter la Navaggia. Bientôt, le feuillage tirera son rideau vert pour masquer le quartier de mon enfance. Je regarde les toits et visite chaque maison. Les anciens sont partis vers d’autres images. Dans la nuit claire, ils scintillent et sourient en silence, par-dessus les tuiles, reviennent écouter le concert des grenouilles qui animent les bassins environnants.

Dans un jardin miniature, la table est prête, presque dressée. On dirait que l’endroit est installé, bien en avance, pour le lundi de Pâques prochain. A pucena (la dinette) se tiendra là cette année et des souvenirs vont s’abriter dans des esprits juvéniles.

 

 

Les nains sont hilares sur le muret. Ils ne m’ont pas remarqué, indifférents à ma halte. Ils s’en fichent, occupés à escalader le tas de pierres et à chahuter une Blanche Neige asiatique. Le coin est joyeux et l’ambiance insouciante. (Cliquez sur les photos)

 

 

 

 

Le merle patrouille dans les parages. Il a visité son vieux nid trop proche du passage puis s’en est allé vers d’autres repérages. Je l’entends qui se chamaille en contre-bas ou peut-être courtise-t-il et court-il l’autre prétentaine, pour une escapade amoureuse.

 

 

La barrière a vieillit. Close, toute en vert de gris, affaiblie par l’âge, croise ses jambes pour trouver un peu de repos. Il ne faut pas trop la brusquer, elle a mal à ses os et menace de s’effondrer sous des secousses trop fortes.

 

Le pot des autres exhibe ses pensées, des belles idées colorées. Les fleurs semblent clignoter, les corolles s’agitent sur le passage pour attirer l’attention. On ne peut les ignorer, je les salue et leur clique un rapide portrait.

 

Le bouleau tire sa tronche. Son œil torve m’interpelle : « Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? » On dirait qu’un peintre facétieux est passé par là et l’a façonnée à coups de brosse rapides ou en étalant sa crème crayeuse au couteau, pour dessiner les courbes d’une mine blême…

 

Après la prétentaine, nous refaisons nos jours anciens. Tout le quartier s’anime. La Navaggia ressuscite, Barbarina, Zi Ghjuvanni e cumpagnia nous racontent inlassablement leur vie. Nos visages se sont illuminés, une fois de plus, Marianne, Catherine et moi devisons près de la fontaine de Piazza di Codu, du temps où elle gargouillait encore et chantait vivement.

Ainsi va la vie qui ne meurt jamais dans les mémoires…

1 Comment

  1. incroyable, tout prend vie sous ta plume, … comme c’est beau » …une poudre légère valse autour du vieux mimosa…..Eole en joie poudroie…. ».
    je » tournicotte » » avec cette poudre légère, juste à ta si poétique évocation!
    je me suis prise d’affection pour cette vieille barrière, aux jambes croisées, un peu  » raidies » par les ans.
    Et le bouleau ?
    Le bouleau dans lequel se cache peut être un loup? Fossilisé?
    …Baudelaire écrivait: » objets inanimés avez vous donc une âme?…… »
    , je crois à te lire que OUI.
    Encore Bravo

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