Le gecko.

Ce fut une surprise, un soir à la Zinella. L’ambiance allait bon train. Papillons de nuit et scarabées, attirés par la lumière du néon, tourbillonnaient ou vrombissaient au-dessus de nos têtes provoquant la panique à table lorsque qu’un dynaste nommé rhinocéros atterrit dans un bruit sec au pied d’une bouteille. En une seconde, les convives, hommes et femmes, s’égaillèrent pour disparaître dans un cri d’effroi. Pourtant le pauvre coléoptère est plutôt pataud après un atterrissage peu académique, il ne sait que voler et encore, on dirait qu’il fait son apprentissage ne sachant pas trop où aller. Une hésitation qui affole encore plus la tablée. C’est terrible comme une bestiole inoffensive peut engendrer la vadrouille instantanée. L’entomophobie provoquée par l’irruption inopinée d’un coléoptère nocturne semble assez répandue. Chacun s’assure que la bête a bien quitté les lieux, le retour à table hésitant et méfiant témoigne fortement de cette peur irrationnelle.

Les papillons étaient légion et n’effarouchaient personne. Une teigne, apparemment, voletait se frottant contre le mur lorsqu’un gecko sorti du néant se lança à sa poursuite. Il ondulait sur le crépi avec l’aisance d’un rameur de canoé et n’en fit qu’une bouchée. Il l’avala tout de go laissant un instant les ailes dépasser de part et d’autre de son museau comme s’il voulait s’affubler de moustaches blanches. Le temps de sortir l’appareil photographique, tout avait été englouti. Il temporisa un bon moment sur la pierre qui affleure du crépi puis disparut derrière l’hortensia bleu qui masque la descente de gouttière. C’est sans doute son abri. A plusieurs reprises, il déboula de sa cachette pour gober d’autres friandises puis, probablement rassasié pour la nuit, on ne le vit plus.

Je n’ai jamais noté la présence de geckos dans mon village durant mon enfance. Nous étions pourtant des traqueurs de reptiles en tous genres, nous l’ignorions jusqu’à son nom. Le phénomène est récent et date au plus d’une décennie.

Est-il un témoin irréfutable du réchauffement climatique ? Certainement. D’ailleurs lorsque nous allions à la rivière nous rafraîchir durant l’été, nous devions nous méfier des orages fréquents qui finissaient par tempérer l’atmosphère. Nous étions météorologues à notre manière en scrutant la formation des nuages pour quitter à temps les endroits dangereux. Je n’ai pas souvenir de chaleur étouffante à l’effet chalumeau sur de longues durées

Aujourd’hui, le temps est plus sec, longtemps, de sorte que le terme de canicule revient souvent. Le soleil cogne, l’herbe crépite sous l’effet de la chaleur. L’eau se fait rare, les bassins sont vides, les jardins souffrent et s’essoufflent. Les oiseaux chantent tôt le matin puis se cachent une bonne partie de la journée après avoir  déserté leurs coins préférés. L’homme s’abrite derrière les persiennes ajourées ou à jalousies et « sieste » la bouche ouverte. La mouche enquiquinante se pose et repose inlassablement sur le nez, de sorte que le dormeur post méridien actionne un mouvement mécanique pour la chasser sans se réveiller. L’une, stupide et sans mémoire, revient s’installer inlassablement au même endroit, l’autre, tel un automate programmé en chasse mouche agite sa main devant le tarin. Ainsi s’installe, pour un bon moment, un va et vient en mode essuie-glace programmé comme une science sans conscience et sans ruine de l’âme. (Clin d’œil à Rabelais)

C’est fou ce que la présence surprenante d’un gecko est capable d’évoquer. De preuve de réchauffement climatique, il en devient révélateur de misères qui nous attendent dans les années à venir et de canicule annoncée déjà bien installée.

Je l’avais repéré deux ans plus tôt sous une tôle de fibrociment en plein après-midi.
(Cliquez sur les photos)

 

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