Trop.

C’est en fouinant au cœur d’une orchidée que j’ai pensé cette « offrande ».
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La vision de deux mondes parallèles.

« Trop » est certainement l’adverbe qui caractérise le mieux notre époque et « trop vite » est sans doute la précision qui convient le mieux.

Tout va trop vite. L’information fuse. Livrée à la kalachnikov en rafales nourries, on la reçoit en pleine figure comme des pruneaux sortis du canon d’une arme à feu. Les titres des medias sont de plus en plus pervertis, tordus pour que l’évocation invite à la lecture sans attendre, presque dans l’urgence. Le contenu n’est pas toujours à la hauteur pressentie et se dégonfle comme baudruche percée, souvent décevant. On s’attendait à gros scoop et voilà nouvelle d’aucune importance. Cela ne sert jamais de leçon, invariablement, on s’engouffre dans le piège.

Si l’information est abondante, les commentaires sont pléthoriques. Chacun y va de son humeur plus que de son analyse, de sorte que les commentaires se multiplient en ricochant sur d’autres commentaires plus que sur l’info elle-même. On finit par oublier le contenu du texte, on règle son compte à celui qui ne pense pas comme soi. La bataille fait rage entre personnes qui finissent par se « connaître » à force de joutes dogmatiques. L’exercice ouvert au tout venant consiste à donner son avis, il devient jeu addictif sans aucun recul. Paf ! On fonce tête baissée matraquant le plus fort possible dans le but de faire taire l’adversaire visé. On est loin de l’étude en toute quiétude car le texte est livré comme bâton pour taper et non sujet de réflexion. L’info chasse l’info, la cadence est trop folle, presque hors du temps ordinaire pour digérer tranquillement.

Tout fulgure. Les commandes sur la toile et les livraisons suivent une course infernale, nous placent désormais à portée de drone livreur. On imaginerait facilement des gens, la bouche ouverte et les yeux fermés comme des oisillons, un drone leur livrant la nourriture directement dans le gosier…

Les cyber-attaques vont progressivement faire évoluer la délinquance, mettant des grandes entreprises en difficulté majeure au risque de dépôts massifs de bilans avec les conséquences que cela peut avoir sur le chômage technique ou définitif. Ces effets pervers ne sont pas fiction, ils auront des répercussions sur les gouvernements, tenus pour responsables si le travail venait à manquer encore plus.

Inutile de chercher d’autres exemples, ils sont légion et s’agitent juste sous nos yeux.

« U troppu stroppia » dit-on chez nous. (Le « trop » finit par blesser, en traduction littérale, vous en comprenez les nuances)

Face à cette fuite en avant effrénée, je m’assois au bord d’un ruisseau. Vous entendez ce clapotis musical ? Vous voyez cette branche d’aulne, trop basse, qui se fait chahuter par le courant ? Et cette mousse épaisse qui pousse abondamment sans qu’on sache à quoi elle sert ? Un costume bien rembourré pour rochers frileux sans doute… Le vent joue à remonte courant comme on taquine à rebrousse poil. Le cincle, sorte de merle noir et blanc qui vit au bord des ruisseaux et niche parfois derrière des cascades, est furieux et le fait savoir en filant au ras de l’eau à grands cris stridents. La truite ondule entre deux eaux à l’affût d’une larve à la dérive. Ce monde cool vit sans se soucier de notre speeditude folle et insensée.

La reine-claude a déjà sorti sa parure de pruine* blanche. On la distingue mieux des feuilles plus vertes. On en mesure plus facilement l’abondance cette année. Hélas, certaines, très nombreuses, semblent porter la gommose. Elles pleurent des larmes translucides sur le galbe vert, bien rebondi des drupes*, comme une résine qui cherche à colmater la piqûre d’un insecte pondeur survenue avant les grandes chaleurs. Ce n’est pas bien grave, il reste de nombreux fruits sains et la quetsche voisine brille dans sa robe aubergine soutenue… Les figuiers, la vigne et le jujubier en fleurs préparent en secret un début d’automne joyeux.

Cette nuit, bien avant minuit, il a plu des hallebardes. Le hérisson, blotti à l’abri d’un buisson, a dû bomber sa herse vive en attendant l’accalmie, avant d’entamer sa virée nocturne. La tortue a creusé son tunnel sous le foin pour étouffer l’impact des grosses gouttes qui tambourinaient sur sa carapace. Elle a peut-être croisé son ami insectivore quelque part dans le potager alors que la lune semblait filer derrière les nuages houspillés par un vent incessant….

Bien plus que le monde survolté et les parlotes stériles,
La douceur des jardins féconds et les rêves dans la nuit profonde.

*Pruine=couche légèrement farineuse qui recouvre la peau de certains fruits. Protection.
* Drupes=autre nom de certains fruits à noyau. (Cerise, prune, abricot, olive… Les framboises et les mûres sont des petites drupes et non des baies. Elles sont un amas de petites drupes qui contiennent un petit noyau. La tomate est une baie.)

Promesses au jardin.
Reine-claude et son fil de gomme pour commencer, fleurs de jujubier pour finir.

 

 

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