C’était une fin d’automne, le village semblait bouder, l’air triste et renfrogné, flairait mauvais hiver.
Les rues désertées par la diaspora, les quartiers avaient perdu toute vie, portes et volets clos.
Les mains dans les poches, je lambinais sur la voie principale sans rencontrer âme qui vive. Seul, un chien, tête basse, reniflant l’asphalte, traversa la route en m’ignorant royalement. Les chats, sans doute au chaud, blottis sur un fauteuil n’avaient aucune curiosité pour la chute des dernières feuilles.
De temps en temps, ma main droite sortait mon arme secrète, la présentait à hauteur de nez, je cadrais puis cliquais à la volée… Comme d’ordinaire, je filmais du regard, sans caméra, tous les panoramas, tous les recoins du village. Je m’arrêtais devant un angle intéressant, devinais une suite avant de dégainer mon appareil complice enfoui dans une poche, bien au chaud.
J’étais parti à la récolte de l’air du temps. J’imaginais les humeurs d’un village qui prépare ses quartiers aux frimas à venir, déjà frileuses, les chaumières protégeaient les résidents, les préparaient à la solitude.
Quelques idées pour écrire un mot sans l’ami Pierrot, me traversaient l’esprit en poursuivant ma récolte d’images.
Une envie de poétiser en prose, me réjouissait déjà.
De retour chez moi, comme après chaque prise de vue, sans aucune intention préalable, j’allais découvrir les âmes de la pierre et des tuiles.
Ces choses inanimées racontent une histoire ancienne que l’on devine à travers portes et fenêtres, en décryptant les phylactères des cheminées qui s’étirent en volutes enfumées. Un langage adressé à ceux qui savent lire l’inanimé, pourtant bavard.
Parfois, un nuage pressé s’en va tête basse, file vers le sud, aplati par un souffle rageur venu du nord. Tantôt hésite, monte droit dans le ciel, puis tout enfariné de grisaille, comme une pelletée de cendre légère jetée à la volée, plonge vers le fond d’un quartier.
Aujourd’hui, la pluie est de retour après un jour de trêve.
Aux alentours, les cheminées sont disertes, la fumée brave les averses incessantes et narre, à qui veut l’entendre, des jours anciens.
Au coin de l’âtre, grand-père actionne son soufflet sans relâche, le bois trop vert fait de la résistance.
Grand-mère tisonne, rien n’y fait, le feu sommeille.
Leurs regards se perdent dans le vague, leur passé est l’horizon, leur présent a oublié le futur.
Dehors le vent s’amuse à faire peur, il passe à la vitesse d’un TGV tonitruant, un monstre métallique fonce en négligeant les gares, se calme un instant, reprend grande vigueur et « tégève » à nouveau…
En regardant ces images d’un automne récent, je crois que Levie savait déjà.
Sa tristesse d’alors était prémonitoire…




Le petit plus tristounet du jour.
Pas de quoi se lécher les doigts, il y a des jours moins savoureux.

Texte et hiboux : merci.
Bonne fin de journée Simon. 😻
Le temps redevenu pluvieux, très vieux même, me contraint à « tristouner » 😉
Les hiboux, après plus de mille apparitions, commencent à tirer la langue, je ne sais plus comment les dessiner sur une petite tablette et à la va vite…
Bonne fin de jour Chat !