Par monts et par vaux, ici et maintenant mais naguère souvent aussi.
La veille, j’avais acheté des clémentines rutilantes, éclatantes, chantantes. Une peau lumineuse, lustrée, engageante à faire saliver les papilles avec une pointe, toute petite pointe d’acidité édulcorée. J’imaginais, ces petits sacs qui molletonnent les quartiers comme autant de coussinets gorgés de plaisir pimpant, au goût d’agrume léger lorsqu’une pression des dents les fait éclater pour éclabousser langue et palais. Ce fut un plaisir virtuel de courte durée. L’intérieur rêvé n’était que déception. Tout était sec, pâlot, cadavérique. Un squelette de mandarine attaquée par on ne sait quelle calamité. Pas une seulement, mais toutes étaient livides et sans vie intérieure. Emporté par la vivacité des couleurs qui pavanaient au cageot du supermarché, j’avais anticipé ma délectation en remplissant un sachet. Gourmander et activer les papilles par avance, n’est sans doute plus une bonne idée par les temps qui courent. Bref, j’ai régalé la poubelle n’osant pas contaminer mon compost. Ça sentait la naphtaline, ça dégageait un fort goût de médicament.
L’habit ne fait pas le moine.