Elucubrations pour passer le temps.

Cinquante et unième texte après mille, encore un jubilé de franchi.

dsc_8516Couleurs exacerbées ou vues d’un autre monde.
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Le but de la vie c’est la mort. Cela n’a échappé à personne, ce n’est pas un scoop. C’est une évidence mais une évidence plus marquée dès qu’on se sait dans la dernière ligne droite, dès que l’on a cessé toute activité officielle, productive. Comme si le loisir propre au troisième âge devenait source de prise de conscience. Jusque-là, chacun sait qu’il va mourir mais n’y croit pas encore. Là, on commence à y songer sérieusement, on a plus de temps pour cela et moins d’énergie pour quantité d’autres choses.

Chaque jour passé est jour perdu. On a l’habitude de dire « c’est déjà ça de gagné », alors qu’il est bien perdu à jamais. Au fond ce ne sont qu’erreurs de langage destinées, sans s’en douter, à tromper les sensations. « Tu te rends compte ? Il a vécu cent ans ! » Voilà une autre pensée fallacieuse, avoir vécu cent ans signifie clairement qu’il est mort et la longévité de sa vie n’est d’aucun plaisir puisque plus du tout d’actualité.

Hier, je disais, en patientant dans une salle d’attente : « Qu’est-ce qu’on vieillit vite ! » Evidemment, je m’y attendais, la réponse fusa : «  Oui, mais certains ne vieillissent pas ! » Les gens sont sympas, pleins de bonnes intentions. Ils ignorent que je passe mon temps à dire n’importe quoi. Je balance des mots tout faits, juste pour engager une discussion, appeler une réponse… elle ne tarde pas à venir. Une réponse toujours prévisible car ce genre d’affirmation n’appelle pas d’autre réplique que celle-là. En effet, je vieillis comme ils semblent le dire et c’est déjà pas mal. Ils sont rassurants les gens. S’ils se doutaient que je dis du vent, ils le seraient moins. Vous croyez qu’ils riraient ? Non, on ne rit pas dans ces cas, on vous prend pour un fou. On ne parle pas de la mort avec désinvolture et dérision avec tout le monde. Elle arrive à tous les coups. Impitoyable la faucheuse, imprévisible souvent. Lorsqu’elle prévient, elle est bourreau impassible, elle joue avec vous comme un chat qui s’amuse avec une souris avant de la croquer. Sadique, elle finit toujours par vous convaincre de la suivre. Où ça ? On n’en sait rien. Les plus optimistes restent sages et envisagent le paradis. Ceux-là, s’en vont presque avec le sourire. Heureuses personnes !

Moi, qui ne crois ni au paradis, ni à l’enfer et encore moins au purgatoire puisqu’il il faut croire aux précédents pour envisager un état transitoire, je suis bien embêté. Où vais-je aller ? Sous terre, c’est certain. Mais mon âme ? Au fait, ai-je bien une âme qui me survivra ? Ce serait sympa car elle saura où aller ! Je ne pense pas qu’elle soit si folle pour me conduire dans un endroit lugubre et peu réjouissant. J’ai passé toute ma vie avec elle, à chercher et trouver quelques plaisirs. Elle a l’habitude des bonnes choses, elle ne se trompera pas de chemin, à moins qu’elle ne devienne barjot. Allez savoir ! J’ignore le temps qu’il me reste à vivre mais j’ai bien l’envie de continuer à solliciter Epicure. Il est marrant lui et plein de bonnes intentions. Un bon vivant. Mais un bon vivant qui garde la mort en filigrane, histoire de se dire « il ne faut perdre aucune miette de plaisir, voilà ce qui nous attend ! »

Je vais vous dire, s’il me reste un souffle, une once de quelque chose qui ressemble à la vie avec ou sans âme, je vais me débrouiller pour trouver un coin agréable. De là où je serai, je vous promets que je garderai un œil sur cette terre. Mais hélas, pour quoi faire puisque vous ne saurez rien et que je ne pourrai vous sourire ? C’est idiot de penser ainsi…

Je ferai comme tout le monde, je m’en irai dans le néant, là d’où personne ne revient. Vous me croirez bien à l’abri quelque part, si cela vous convient. Je vivrai encore à travers vos pensées mais si un jour vous percevez un signe, si vous sentez ma présence à la faveur d’un courant d’air, d’un bruit ou de toute autre manifestation, songez que c’est vous qui venez me chercher… Moi, je dors. Votre esprit, votre volonté ou votre inconscience peuvent me réveiller à tout instant. Je suis là, tout à côté… Et puis je disparaîtrai définitivement dès que ceux qui m’ont connu ou aimé seront venus me rejoindre.

C’est cela l’oubli.
Je viens de tuer ma journée, encore un jour de perdu…

Couleurs d’ici et d’ailleurs…

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3 Comments

  1. Primesautier aujourd’hui Simon. L’entièreté de la journée n’a pas été perdue pour tout le monde puisque je t’ai lu et, pour comble avec plaisir.

    1. Alors j’ai gagné ma journée puisque tu t’en souviendras.
      J’ai également gagné un sourire en découvrant ce mot sympa.
      Merci Gaëtan et bonne soirée.

  2. Question : à quel moment commence « la dernière ligne droite » ?
    En athlétisme on sonne la cloche pour le dernier tour de piste et par conséquent la fameuse dernière ligne droite.
    Pour nous, lorsque l’on entend (c’est un euphémisme) la cloche, il est déjà trop tard, nous sommes arrivés.
    J’aimerais bien entendre un petit tintement afin, non pas de sprinter pour arriver premier mais de ralentir pour franchir la ligne le plus tard possible.
    A prestu.

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