Par monts et par vaux, ici et maintenant mais naguère souvent aussi.
Je me trouvais seul sur la grève à surveiller le jeu des vagues. Elles prenaient un long élan, s’embarquaient sur un rouleau et venaient percuter le mur de la maison aux volets rouges. Inlassablement comme une mécanique programmée à détruire le crépi avant de s’attaquer à la structure de pierre. La mer prend son temps. Un jour viendra, les coups de boutoir feront leur effet. Les gifles répétées, les poignées de sable projetées à la volée et les morsures de l’eau salée grignotent sans relâche la façade qui regarde le large. Les nuits de mer démontée, il doit être difficile de trouver le sommeil quand les vagues cognent sur les volets. Je suis dans cette chambre dans l’obscurité totale et me frictionne de frissons en écoutant l’inquiétante musique des vagues en furie. Une insécurité permanente jusqu’à imaginer une folle rafale qui secoue les fenêtres…
Planté avec mon appareil photo pour saisir les mouvements de la mer, je suis démasqué. Des embruns latéraux que je pensais éviter s’échouent juste sur moi comme une mise en garde. L’endroit est désert, je m’inquiète : me suis-je aventuré trop loin ? J’ai perdu la conscience du danger, des vagues viennent mourir à mes pieds, parfois menaçantes en signe d’avertissement.
Déjà, le soleil décline à l’horizon masqué par un rideau nuageux. Sa lumière est faiblarde et la nuit ne va pas tarder à tomber. Les rochers qui émergent de la mer s’assombrissent, l’obscurité s’installe dans l’eau. J’imagine la nuit sous-marine froide, glauque, vitreuse. Un corps à la dérive totalement impuissant livré au courant qui le ballote, l’accroche à un roc puis vient le reprendre, le pousse plus loin et le ramène machinalement dans un abri de hasard. Comme un enfant, je joue à me faire peur.