Lorsque le vent m’emporta.

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La vie reprend ses droits.

Dans la plénitude et la beauté des choses.

L’insouciance encore, alors que la vie tire à sa fin. Il est tard. C’est déjà le crépuscule. Le soleil baisse, ses rayons s’orangisent et se kumquatisent alors qu’ils citronisaient, il y a quelques minutes seulement. Ils sont plus doux, moins acidulés. Moins vifs, ils n’agressent plus. Le regard se fait contemplatif en essayant d’imaginer, derrière la lumière du couchant, s’il existe une autre lumière. Bleue ?

Rien ne laissait deviner la suite. Tout était calme, la pénombre était douce et la nuit s’annonçait accueillante lorsqu’une bourrasque soudaine venue du néant m’arracha comme un fétu de paille. Une force inouïe me déracina et me fit plume légère au vent. D’abord un survol tranquille des toits, des arbres, puis une accélération soudaine.. Juste le temps de vivre l’arrachement mais pas de réfléchir. Un moment que l’on dit transitoire entre la vie et la mort. Bref. On voudrait prononcer des choses enfouies, la rafale brutale ne laisse pas le temps. C’est déjà trop tard, il fallait s’exprimer avant, personne ne saura jamais. Je sentis une accalmie, le vent venait de me déposer sur un stratus. Est-ce une étape dans l’ascension finale ? Un observatoire entre ciel et terre, un dernier repos pour un dernier regard avant le dernier envol ?

De là, je voyais les étoiles dans la nuit sidérale. Rien de nouveau. L’univers clignote toujours et le mystère reste entier. Quelques filantes décrochent puis disparaissent. Où ? Je n’en sais rien. Elles passent comme elles ont toujours passé. Décrochent, s’enflamment, tracent et puis s’évaporent.

Sous les nuages, la terre est en perpétuel remue-ménage. Désormais, les effets pervers dirigent le monde. Les découvertes s’accélèrent et avec elles, un lot d’effets contrariants, totalement ignorés, répond en écho pervers. Il dérange ce que l’on voulait arranger, toujours sans avertir et sans aucune prévision.

L’Europe négocie avec la Turquie pour qu’elle freine ou tarisse le flot des migrants. Cela tiendra un temps. Comment voulez-vous contenir l’eau qui se déverse en continu ? Lorsque la terre est suturée, le flot inonde ou cherche un autre passage. Cela se terminera ainsi ou la Turquie explosera. L’Europe avec elle, le monde peut-être…

La science fait des pas de géants, la génétique livre ses secrets, les apprentis sorciers veillent et tirent des plans insoupçonnés sur des comètes qui vont leur tomber sur la gueule.

Le rural se ruralise de plus en plus. Les médecins sont devenus des commerçants ordinaires. Le week-end et après dix-neuf heures vous pouvez mourir tranquille. Le Numerus Clausus censé améliorer la qualité de la médecine engendre une pénurie de praticiens compensée par des docteurs venus d’ailleurs, au cursus moins pointu.

Les gouvernements passent et trépassent, tous sans exception. L’avenir de la jeunesse est opaque. On encourage le CDD, la rue gronde, on veut taxer le CDD… On ne sait plus sur quel pied danser. La France à bout de nerfs ne voit plus comment sauver le pays. Des dirigeants s’annoncent, pleins d’espoir mais un espoir prononcé à la langue de bois. On se demande ce qui les pousse à y croire vraiment ou faire semblant… le monde est en dépression, la guérison n’est pas pour demain. Peut-être au bout d’une explosion faudra-t-il reconstruire sur des ruines…

Le bon sens a déserté la Terre.

Tiens, là-bas, dans le coin d’une rue, une dispute. Deux potes se chamaillent :

– Arrête ! J’ai toujours pensé que tu étais un peu marteau !
– Ça m’étonnerait fort, je n’ai jamais planté un clou de ma vie !

Entre premier et deuxième degré on ne sait plus à quel étage se situer. Etre marteau utile pour enfoncer des pointes ou toc-toc ? On se côtoie, on se croise, il y a toujours un coin d’ombre, quelque chose d’insaisissable qui vous renvoie dans les cordes, une esquive qui empêche la rencontre.

Posé sur les nuages, loin de tout, on a le sentiment de dominer et de comprendre.

Une rafale impressionnante s’annonce un peu plus bas. Je m’apprête à partir je ne sais où… Bientôt je serai loin, très loin dans l’infini. Que me restera-t-il ? Puis un énorme fracas. Le vent vient d’emporter quelque chose dans la cour. Je me réveille en sursaut.

Assis sur le lit dans la pénombre, je ne sais plus. Je ne suis plus sûr de rien. Me voilà de retour dans la barque chahutée par les flots au gré du vent.

Un grand « Ouf ! » de soulagement :
Vivre encore un peu dans la tourmente lorsque l’on croit au néant.

Plutôt la vie chaotique que le vide, le rien. Mais le néant n’est ni le vide ni le rien, il est ineffable, inimaginable, inconcevable. On le dit, c’est un mot. Comment le définir ? On peut le penser, l’inventer, l’habiller de faux, c’est un monde qui n’existe pas. C’est un concept, un abstrait. Le néant est invention pure et se vit de son vivant… Après c’est trop tard. Comme l’absence de mouvement sans repère, est-il absence de tout ou de lui même ? Un truc à vous prendre la tête avant de la vider. Parler de rien, de vide, on a une vision… parler du néant c’est dire des mots sans rien voir, sans savoir, sans rien comprendre… vous savez, vous, ce qu’est le néant ?

Alors, broder sur la vie, oui… l’après ne nous appartient pas.

IMG_3642 IMG_3626D’autres vies s’annoncent…
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