L’histoire d’une image.

Construire une image est parfois un long voyage.
Lorsque l’on regarde le produit fini, on a l’impression que tout est simple et que la réalisation a dû, également, être d’une simplicité banale.
Ce n’est pas le cas, le cheminement est vagabond et durant cette errance, l’idée mûrit. Elle s’affine, s’étoffe, s’engouffre sur d’autres sentiers, s’égare et revient.

L’image en titre est l’aboutissement d’un patient voyage idéel.
Deux clichés vieux de 13 ans s’étaient installés dans ma tête. Je pressentais que le couplage pouvait enfanter d’une idée originale, ce fut une longue réflexion somnolente.
Dormante, sous-jacente, sans jamais être une véritable recherche.
Une composition latente, il fallait la laisser germer lentement pour découvrir la plantule.
C’est toujours ainsi que je fonctionne, très souvent sur un mode aléatoire.
Chemin faisant, diverses pistes se dessinent, se croisent ou s’éloignent. Une longue gestation conduit à l’effet final qui aurait pu aboutir à une toute autre création.
Je stoppe le fil de l’évolution dès l’instant où mon esprit se satisfait de la trouvaille.
C’est la fin de l’aventure.

Un jour de printemps, à l’occasion d’un labour domestique, j’avais rencontré le rouge-gorge. Patiemment, je l’ai photographié sous différents angles, c’était une approche facile, il m’attendait.
Un matin d’automne, un bûcheron de fortune abattait un chêne dans mon jardin. J’étais à quelques pas de lui lorsqu’il jeta l’entame directionnelle juste à mes pieds. Sur l’instant, j’ai eu l’impression que ce bout de tronc imitait un hérisson. Je n’ai touché à rien, je lui ai donné vie avec une tête d’épingle pour animer son regard. C’est la seule intervention de ma part. J’ai adopté le petit insectivore, je l’avais installé dans un coin de ma cour et tous les matins, je le rencontrais au passage.

Les années ont passé.
J’avais l’impression qu’une lente évolution s’opérait en secret, sans imaginer une issue. Longtemps après, une liaison amoureuse semblait se dessiner, j’ai dédoublé le hérisson pour figurer « Les amours hérissonnes« .
Puis le temps filant toujours, les esprits se torturaient, s’encombraient de pensées bizarres.
Comme l’œil de Caïn, celui du rouge gorge fixait l’image, se démultipliait puis vint se coller au-dessus des têtes hérissonnes.


« La névrose hérissée« , venait signer le tableau final.

Longtemps, le hérisson est resté dans la cour, le voici recouvert de neige.
Le rouge-gorge attendait son tour, je me suis servi de son œil pour réaliser le tableau.

Les idées défilent, innombrables, s’affinent, s’élaborent, je récolte le miel de la vie… Je vis.


3 commentaires

    1. Tu peux le dire, parfois je m’étonne d’avoir traversé tant de passages et je continue.
      En voilà un qui aura exploré beaucoup de recoins… comme si je voulais totalement profiter de mon voyage ici bas. Dommage de ne passer qu’une fois.
      Je ne vais tout de même pas me « convertir » à la métempsycose !
      Etre agnostique me permet de passer sans m’encombrer l’esprit de transcendance qui me dépasse.
      Tranquille comme Simonu, Baptiste c’est éculé. 😉
      Merci Janine, à bientôt.

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