L’heure est venue de mettre au clair une réalité qui fait douter beaucoup de lecteurs.
Je pense avoir la fibre de l’écriture mais pas celle de l’écrivain.
Je me suis défini « écrivant » ou « écrivent », en alimentant ce blog, abondamment, j’écris au vent.
Je reviens pour la dernière fois expliquer mon cas, un vrai cas d’école.
Je suis un lecteur tardif, j’ai su lire de manière courante mais pas expressive vers l’âge de quatorze ans.
Je refusais de lire à haute voix pour ne pas dévoiler mes hésitations voire mon manque d’aisance et cela m’a poursuivi jusqu’au lycée. J’étais secrètement meilleur à l’écrit qu’à l’oral. Un manque de confiance, quasiment morbide (maladive et non mortelle comme certains le pensent), m’interdisait toute mise à nu.
J’ai appris à lire tout seul en m’appuyant sur l’enseignement scolaire, grâce au dictionnaire de Denise.
C’était une dame de mon quartier, proche voisine, qui avait détecté ma galère, lorsque j’étais en 6e.
Elle est venue me voir à la maison, alors que j’étais seul et m’avait porté un vieux dictionnaire du début du XXe siècle. Elle me conseilla de le consulter mais de garder secret son initiative car c’était le dictionnaire de son frère. Je l’avais caché sous le lit dans une boite à chaussures et le compulsais tous les soir au coucher.
J’ai renforcé mon lire rudimentaire avec les mots du Larousse illustré pendant près de trois ans, en m’attaquant aux mots abstraits, sans illustration, un peu plus tard.
J’avais donc un bagage lexical très fourni et supérieur à celui de mes camarades lecteurs normaux si je puis dire.
Grâce à ce vocabulaire, j’ai développé un mode de lecture particulier que je désignais, plus tard, lecture hélicoptère. Je survolais les petits extraits que les profs nous proposaient, je butinais les mots clés pour une prise de sens. j’ai toujours fonctionné ainsi, même aujourd’hui.
J’ai développé le syndrome du lecteur tardif, une incapacité à lire au long cours, non pas par fatigabilité mais par l’habitude de faire des coupes claires, des coupes massives avec une sorte de détecteur de l’inutile. Je n’ai tenté de lire qu’un livre dans ma vie « Igloos dans la nuit », il y a fort longtemps, j’ai abandonné en chemin pour filer à la dernière page.
Depuis ce jour, j’ai toujours essayé de lire en commençant par la fin sans remonter plus de deux ou trois paragraphes. Il me semble, alors, avoir compris l’essentiel.
Je suis un consommateur d’articles courts, scientifiques notamment. Dans ce cas aussi, je commence par la fin et ne lis l’article en entier que s’il m’intéresse.
Plusieurs personnes m’ont conseillé d’écrire un livre, je ne me sentais pas à la hauteur.
Comment être écrivain sans être lecteur ? Un non sens, me semblait-il.
J’en suis à mon troisième, le quatrième est terminé.
Deux personnes ont joué un rôle fondamental pour me persuader,
Monique, une chercheuse québécoise qui dirigeait un groupe pédagogique, suivait mes articles dans lemonde.fr. Cette dame est décédée, je lui avais promis de lui dédier le livre, je lui ai consacré, à titre posthume, la dernière partie.
Ma rencontre avec l’académicien Erik Orsenna, pendant deux heures en tête à tête, fut déterminante, c’est lui qui m’a définitivement convaincu de sauter le pas.
Lorsqu’il m’a lu sa préface devant quelques personnes, j’étais à la fois ému et incrédule. Je me demandais s’il parlait de moi ou d’un autre. Je n’étais pas habitué à tant de belles paroles.
Hélas, tout n’a pas fonctionné comme souhaité, le livre « A l’ombre de l’école » ne figurait dans aucune librairie de Corse, alors que 75% du contenu lui était consacré. J’ai bien démarché une librairie très en vue à Bastia, je suis parvenu à convaincre le libraire mais j’ai renoncé à en faire plus.
Voilà comment un lecteur tardif, toujours pas lecteur aujourd’hui, est devenu spécialiste de la rééducation de la lecture à Versailles. Un parcours incroyable et pourtant vrai. D’autant plus incroyable que j’ai passé tous mes examens sans lire d’ouvrages. En parfait autodidacte, je me suis forgé un empire improbable de chercheur perpétuel. Je n’ai suivi aucune méthode, seuls les enfants m’intéressaient et m’indiquaient sans le savoir la marche à suivre avec eux. Chacun à sa manière traçait sa piste, sous mes yeux d’observateur, il me suffisait d’emboiter le pas.
Un parcours heureux avec des enfants en grande difficulté dont il me semblait connaitre le chemin pour les accompagner. J’ai travaillé au feeling, à la confiance et l’empathie, j’étais passé par là aussi, persuadé d’être en terre connue.
Tout cela est expliqué dans le détail dans l’ouvrage ci-dessous, avec ma fibre de l’écriture et non celle de l’écrivain, depuis ma galère à la communale jusqu’à ces dernières années.


Il y a dans cet ouvrage, une vingtaine de portraits d’enfants que j’ai suivis en rééducation, un bel assortiment de ce qu’est la vie à l’école. Ils portent presque tous un nom d’animal et à leur lecture, on comprend mieux leurs difficultés…
Le petit plus qui n’a rien à voir…

Heureusement que vous vous êtes laissé convaincre ! Je les aime beaucoup vos livres. 😻
Je vous remercie Chat.
Rendez vous compte, même avec le soutien d’un académicien, comme il est difficile à un quidam de se faire une petite place.
Même les médias locaux sur « le lire » ont zappé le livre alors qu’il est en plein dans le thème.
Quelle déception ! Vous imaginez.
Merci, bonne soirée.
Oui, il est très décevant de voir qu’aucune librairie corse n’a mis en exergue ce que vous avez écrit.
Je n’ajoute pas les mots désagréables qui me viennent à l’esprit 😷
Bonne fin de journée Simon. 😻
🙂
Ce qui m’a le plus attristé est que malgré la préface d’un académicien, cela n’ait pu attirer plus de curiosité de la part des libraires et des lecteurs avertis.
Après, on peut aimer ou pas, c’est une autre affaire.