Ça va, ça va, ça va pas.
Il y a une poignée de jours, je regardais des parents s’acharner sur leurs enfants qui semblaient galérer en faisant leurs devoirs.
J’ai demandé la permission d’intervenir pour alléger l’atmosphère.
J’avais remarqué que les enfants « opéraient » sans connaitre le vocabulaire qu’ils utilisaient.
C’étaient des exercices de mathématiques qu’ils effectuaient machinalement, au petit bonheur la chance, sans autre information sur le sujet, une tentative de démarche systématique.
Lorsque je les ai questionnés, très rapidement, sans m’appesantir, sur le vocabulaire utilisé, j’ai constaté qu’ils ne savaient pas de quoi ils parlaient.
C’est quoi un dividende, un diviseur, un quotient ?
Ben, je sais pas.
Que veut dire divisible, que veut dire multiple ?
Ben divisible, multiple.
Oui, mais plus précisément ?
Je ne sais pas.
Comment voulez-vous fonctionner avec un vocabulaire dont vous ne connaissez pas la signification ?
Ils faisaient des exercices. S’exerçaient à exécuter l’incompris.
Cela n’empêche pas d’avoir des résultats justes, par moments, mais le fond de leur mécanique est stérile.
Ne vaut-il pas mieux savoir de quoi l’on parle et ce que l’on fait ?
Voilà comment on fabrique de futurs citoyens qui savent tout, émettent des affirmations sans approfondir et sans savoir de quoi ils parlent.
Parait-il, les enseignants ne font plus de leçons, ils donnent des exercices.
Les élèves s’exercent à faire du vent.
J’ai donc repris les choses en main et fait un rapide éclaircissement des vocables utilisés.
Les enfants n’ont pas tiqué, plutôt surpris.
Ah bon c’est ça ?
Oui, c’est ça.
A partir de là, je les ai bombardés d’exercices oraux, sans visuel écrit, tambour battant. Du rythme, de la rapidité et des gestes pour accompagner la fanfare.
Quelques minutes seulement, sans excéder 5 ou 6 minutes, sourire et confiance retrouvés.
Stop, on arrête, refaites les gestes vifs…
Voilà, c’est ça ! (Les gestes associés sont des imprimantes)
Ah, si j’avais été formateur d’enseignants ! Je les aurais conduits au son du tambour après leur avoir enseigné ce qu’est un esprit en formation.
Ils fonctionnent en esprit fini ignorant qu’un enfant est en apprentissage et non un exécutant de tâches dont il ignore le fond !
Les vieux instituteurs en étaient tout imprégnés, ils prenaient le temps de l’estampille.
Sans doute, y a-t-il de tout, comme dans chaque métier, mais trop nombreux sont ceux qui sautent des étapes cruciales.
Voilà comment on fabrique des sachants qui ne savent rien mais affirment des certitudes sans sourciller ni trembler.
Ça promet !
Et que dire des enfants qui ne peuvent être soutenus et corrigés à la maison ?
Un monde dominé par l’IA se prépare déjà…
Se la coulera-t-on plus douce ?
Un vieux proverbe corse mettait en garde :
Qui se sert de la cervelle des autres, la sienne, il peut frire.
Le pire dans l’affaire, c’est que tout le monde s’en fout.
Qui c’est celui là, pour qui se prend-il ?
Ça va, ça va, ça va bien…
Rien, rien, je n’ai rien dit mais l’avenir nous dira !
L’avenir… on peut craindre du pas beau… (en français de tous les jours) 😻
Du moche, quoi ! 😉
On ne s’en fout pas Simonù mais comment arrêter la déferlante IA ???? ou alors faut-il la maîtriser parfaitement pour éviter de se faire bouffer ?
Quand c’est parti, ces choses là, on ne les arrête plus…
Malgré les intentions nobles, les effets pervers seront nombreux et même majoritaires.
Chaque nouveauté est suivie de son cortège d’effets pervers, c’est une résultante imparable…
Je répondais à une personne qui avait largement commenté cet article sur FB :
Un jour, à la demande d’une maitresse qui semblait perdue au sujet d’un enfant, je m’étais assis à côté de lui pour l’écouter car il parlait tout seul en appliquant une consigne à la lettre.
Il disait, en faisant une soustraction, 4 ôté de 7, puis cherchait le complément à 4 pour aller à 7 mais ne faisait pas de soustraction (la méthode est bonne mais n’intervient qu’une fois la notion de soustraction acquise, on ne saute pas les étapes)
Lorsque je lui ai demandé :
Quand tu dis 4 ôté de 7, que signifie « ôter » ?
Il a répondu :
Ben ça veut dire roter comme quand tu rotes !
Voilà un exemple de vocabulaire non expliqué.
L’enseignant doit éclairer, en temps voulu lorsqu’il aborde une notion nouvelle, le vocabulaire spécifique et s’assurer qu’il est compris. Cela est fondamental et ne prend guère de temps.
En l’observant, j’ai compris pourquoi ses soustractions étaient fausses.
En opérant par le complément à 4 pour faire 7, il avait l’impression d’ajouter au niveau des unités et donc au niveau des dizaines, il basculait systématiquement dans une addition des chiffres. Il y avait une logique dans son fonctionnement et non une aberration comme on peut le penser.
Cela m’a permis de voir son ancienne maitresse et lui expliquer qu’il fallait mûrir le sens pur de la soustraction avant de passer à l’usage du complément qui est un stade supérieur pour faciliter le calcul mais pour cela, on doit s’assurer que la notion de soustraction est acquise.
Voilà comme une simple observation de langage permet d’aller très loin dans l’analyse d’un cas parfois isolé mais tout aussi édifiant, pour sa propre gouverne et l’entretien de l’analyse…
Cela n’est pas donné à tout le monde mais en parler vaut mieux que le taire…