Un regard par la fenêtre.

Suis-je dans ma deuxième vie comme le confessait Confucius :
« Nous avons tous deux vies, la deuxième commence lorsqu’on réalise qu’on n’en a qu’une« .

Il y a belle lurette que j’ai commencé ma deuxième vie, très tôt.
Il y a plus d’une quarantaine d’années, je pondais mon aphorisme préféré sur l’éveil au temps :
« Celui qui a intégré la notion de temps ne se préoccupe plus du sens de la vie et se passe de l’idée de Dieu.« 
Une pensée qui tient compte de la fragilité de notre passage ici bas.
Une fragilité qui ne nous facilite point la réflexion sur ce qui nous dépasse infiniment, l’idée de transcendance. Elle n’est que supputations, ressentis, jamais certitude. Pas le temps pour comprendre.
Cette réflexion m’avait conduit à un autre aphorisme :
« Je suis venu, j’ai vu et je n’ai rien compris au sens de la vie. J’aimerais bien refaire un tour, non pour comprendre mais pour le plaisir.« 
Non pour comprendre car même longueur de temps n’y ferait rien pour décrypter l’au-delà ou des intentions divines.

Le corollaire de mon éveil à la notion de temps ne pouvait être qu’entrée en épicurisme. Non pas un mode farouchement égoïste mais un aveu de faiblesse qui interdit d’aller au-delà du vivre sa vie et engage à délaisser toute idée de transcendance, par essence, inaccessible. Au fond un aveu de modestie.

Le temps a passé, son fil est usé, il ne tient plus qu’à une fibre ou deux que l’on surveille du coin de l’œil. L’épicurisme devient moins gaillard et se limite à prendre conscience plus intensément de la fuite effrénée du temps.
Inéluctablement on file au précipice, nous avons, avec grand âge, tout loisir d’y penser souvent. Une pensée inutile qui s’impose malgré tout, devenue impossible à écarter.
Sentant la fin d’une histoire, on s’accroche au vivre en revisitant plus souvent le passé. Ce n’est point de la nostalgie, on devient cinéaste sans camera pour se souvenir des jours heureux.
Lorsque l’action est moins « active », on pense au lieu d’agir.

Un dicton corse avait ressurgi dans ma mémoire ce matin :
« A vita hè un’affaccata à u balconu ».
Un dicton difficile à traduire dans toute sa substance.
« La vie est un regard par la fenêtre » sous entendu, un moment passé très vite, à peine a-t-on réalisé, il est déjà trop tard, il est temps de partir…
Il reste encore un petit bout de chemin, aucun leurre ou un autre leurre, le temps est une imposture, il trompe son monde, heureusement.

L’allégorie de l’image en titre :
Le regard que nous avons du temps nous promène dans le flou !

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