La vraie vie.

Vivre le nez sur une vidéo, sur Instagramme, sur Tik Tok, tic tac ou tac tic, est-ce vraiment vivre ?
Converser à longueur de journée avec des êtres à des centaines, voire des milliers de kilomètres de là, et négliger tous ceux juste à nos côtés est-ce vraiment vivre ?
Passer son temps à trouver la paille dans l’œil de l’autre en négligeant le cil sur son propre globe oculaire, est-ce vraiment raisonnable ?

Raisonnable, comme gentil, n’a qu’un œil, est-il encore vivant ?
Le bon sens est-il encore la chose la mieux partagée au monde ?

Autant de questions devenues infondées tant le bon sens populaire a fichu le camp. Tuméfié, tabassé, piétiné, écrasé, mort !
Il ne reste plus rien de la simplicité du vivre en bonne entente et en toute quiétude humaine.

Les vieux ont encore de la mémoire, une mémoire qui fait rire tant son contenu est suranné, dépassé, évocateur d’un autre temps éculé, reculé.
Voici quelques mots de ce temps révolu que l’on dit ringard.

Je me souviens de cet italien arrivé dans notre village pour y trouver travail.
Il était boulanger.
Avec mon regard d’enfant, je l’observais passant devant notre immeuble, constamment poudré de blanc, roulé dans la farine. Les cils et les sourcils semblaient décolorés, totalement enneigés. Silencieux, l’homme cherchait des connexions en saluant au hasard, adressant un sourire à ceux qu’il croisait.
Père était balayeur des rues du village, son labeur matinal lui permettait d’aller travailler dans le jardin, le sien et celui des autres. Nous ne manquions jamais de légumes, les produits du potager abondaient et suivaient les saisons.
Nous étions en été, l’homme de la boulange voyait passer mon père chargé de tomates, il n’osait pas, puis un jour :
– Si vous me donnez des tomates, je peux faire des pizza.
Père était d’abord facile et toujours confiant, il apporta des tomates mûres et pendant une semaine nous eûmes de la pizza.
Le préposé au fournil nous avait donné une plaque entière, les parts étaient stockées dans une maie, nous n’avions pas de frigo.
Une amitié et une confiance étaient nées, les deux hommes s’arrêtaient pour bavarder, plus souvent.

Tante Marie, la sœur de papa, un peu plus fortunée, son époux tombé au combat lui valait une pension de veuve de guerre.
Son plaisir, puisqu’elle en avait les moyens, était sa jarre de cinquante litres remplie d’huile d’olive. Les gens du quartier passaient parfois chez elle avec un bol vide. Tante, sans rien dire, se rendait dans le coin sombre de la cuisine, soulevait le couvercle en liège et avec une louche remplissait le bol.
C’était un rituel muet, une entente tacite :
« Un jour tu auras besoin de moi, je serai là. »
Cela sonnait dans les mémoires.

Ces deux fait d’une banalité insigne font sourire aujourd’hui.

Ce n’était pas du troc mais une convivialité, une sorte de synergie silencieuse et précieuse, utile à la vie de voisinage.
Même après chamaille, puisque cela existait aussi, en cas de coup dur, tout le monde était là.

Est ce que cela existe encore ?
Est ce un état simple, sincère, spontané, sorti du temps, totalement dépassé ?
Et pourquoi donc dépassé ?

Pourquoi avons nous sauté de vie simple et humaine à robots et IA ?
C’est le progrès dit-on, on n’y échappe pas.
Un progrès qui abandonne les largués d’un autre temps…
Gare à l’humain s’il ne maîtrise plus tous ces engins qu’il a inventés pour le servir, peut-être qu’un jour il sera soumis à servitude face à un ennemi plus difficile à repousser.

On ne s’accommode plus des choses simples de la vie.
L’homme est ainsi, d’instinct, il escalade les sommets pour ressembler à un dieu qu’il n’a jamais vu, un jour la chute sera rude et tout recommencera.
Il retrouvera la simplicité oubliée en ayant l’impression de faire une découverte.

S’il faut suivre ce chemin, allons y.

3 commentaires

  1. Pourvu que ce chemin ne soit pas trop douloureux..
    Quant au bons sens et son absence présente j’en parlais à mon frère ce matin.
    Bon dimanche Simon 😻

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