Le chat abandonné.

L’avantage de bidouiller des clichés est la création.
Non seulement une création d’images mais aussi le plaisir de générer un récit imaginaire.
Cela m’était arrivé avec METAMORPHOSES que les visiteurs de l’expo, surpris par cette approche inédite, m’avaient conseillé d’en faire un livre.
Je n’ai jamais cessé de m’amuser avec ce processus de la déformation de mes images, le plus souvent banales, pour aller voir l’autre face des choses.
Je continue à explorer ces univers qui n’existent que dans mes fantasmes pour mon plus grand plaisir onirique.

Ceux qui suivent ce blog, savent mes escapades sidérales, nombreuses et cycliques, à la découverte d’autres mondes. Des galaxies, des planètes différentes de la nôtre, plutôt sombres et humides, sans cocotiers ni plages merveilleuses exposées au soleil brûlant.

Je regardais l’image du pêcheur nocturne.
Un chat sorti de nulle part était venu renifler le sachet qui contenait du menu fretin. J’avais l’impression que ces deux là se connaissaient de longue date et que cette rencontre n’était pas fortuite, totalement habituelle comme un rendez vous coutumier.
Une légère retenue, sans crainte réelle du félin, une douceur infinie du pêcheur, une conversation muette et délicate.

L’idée m’est venue d’imaginer ce chat perdu sur une planète lointaine.
Seul, abandonné de tous comme si Picasso, pendant sa période bleue avait transmuté l’animal là-bas, au bout de ses rêves.
Le Minou, bien portant, a su s’adapter à la solitude, apparemment bien nourri grâce à son aptitude à pêcher au coup de patte à défaut de la pratiquer à la ligne.
Il murmure, durant son sommeil, du plus profond de son inconscient :
– Quand reviendra-t-il, ce Picasso ? M’aurait-il oublié définitivement dans son monde bleuté ?

A deux dans la nuit, l’image est chargée d’intimité et de tendresse.
Seul, perdu dans un autre monde, malgré la vie qui se poursuit, le chat se devine en détresse, accablé de nostalgie.

Voici l’image originale avant déformation.

Et un aperçu de l’ensemble des clichés, à mesure que le soir tombait..

Evidemment, inutile de dire, « Je préfère l’original », la question n’est pas là…
C’est la dérive de l’image qui a engendré l’écriture de ce texte.

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