Un prélat dubitatif.

Il y a quelques années, lors d’un dîner chez nous, une personne me demandait des conseils pour écrire.
Hélas, je n’avais aucune ficelle pour ce jeune homme sinon l’encourager à se lancer dans le bain déjà tiède, puisque l’envie d’entrer en littérature mineure est bien la première motivation.
Quelle ne fut sa déception d’apprendre qu’il était temps de s’y mettre comme il sait le faire et que l’écrit s’améliorera en écrivant.
Le temps fera l’affaire, c’est en forgeant qu’on devient coutelier.

Il me semble lui avoir enseigné de partir en promenade avec le lecteur potentiel, en oubliant qu’il est assis devant une feuille ou un clavier. Se laisser emporter par le vagabondage idéel afin que le récit devienne un flot impétueux plaisant, un torrent tranquille ou une mer d’huile frémissante, un vrai parcours jalonné d’oxymores.
Bref, l’heure n’était plus au questionnement méfiant mais au plongeon dans la mare, quitte à trouver douloureusement un fond trop proche de la surface de l’eau.
De quoi dérouter et décourager, que vouliez vous que je formulasse d’autre ?
Imaginez un Ferdinand Céline donnant des conseils à Saint Exupéry pour accoucher du Petit Prince.

En retrouvant la photo en titre, prise lors des Médiévales de Levie en 2012, l’idée me vint de l’intituler « Un prélat dubitatif ». Un ecclésiastique de haut rang en plein doute, se tenant le menton, conversant avec des fidèles :
« Sont-ils des croyants sincères ? »

Entrer en écriture c’est entrer en communication avec le réel que l’on peut manipuler à sa guise.
En faire une fiction en communiant avec un lecteur si l’on sait anticiper et vouloir raconter son histoire, fut-elle totalement farfelue.
Le plus important n’est-il pas d’embarquer quelqu’un pour l’emmener en agréable promenade ?

Chemin faisant, une idée en entrainant une autre, tout peut arriver.
Par exemple, il me fut facile avec cette boutade du doute existentiel, de basculer en petite philosophie.
Le Pari de Pascal fit irruption dans mon esprit :
« Pascal tente de persuader, qu’à défaut de pouvoir démontrer l’existence ou la non existence de Dieu, une personne rationnelle a tout intérêt à croire en Dieu, qu’il existe ou non. »
Chacun a tout à gagner si Dieu existe et rien à perdre si Dieu n’existe pas.

Est-il possible d’imaginer un Dieu en plein doute, se grattant le menton ou le cuir chevelu, se creusant profondément l’esprit pour savoir si le croyant que voilà est sincère ou non ?
C’est un non sens absolu, puisque, par définition, un dieu est tout puissant et contient tout. Il ne sera donc pas dupe de la « mauvaise » foi du pratiquant le pari pascalien. Ce dernier risque de filer tout droit au purgatoire au lieu d’entrer en paradis par la grande porte sans rencontrer Saint Pierre.
Dieu savait déjà ce que je dis aujourd’hui et sait ce que je dirai dans dix ans s’il me prête vie jusque là.
Il est impossible de contourner la foi par une imposture, une insincérité adressée au divin.
Une foi devenue loterie est-ce bien raisonnable ?
Voilà la plus belle escroquerie philosophique de tous les temps.
Un Pascal n’aurait jamais dû oser une telle pensée.

Voici, cher invité d’un soir, comment entrer en écriture. Il suffit d’avoir envie de partir en promenade avec quelqu’un, sans hésiter un seul instant.
Chemin faisant, tu auras plein de choses à lui raconter…. et l’envie te gagnera de recommencer.
Le dieu de l’écriture te donnera la foi ! Crois en toi et sois sincère, même en pirouettes.

Un prélat décidé…
Plein de bonté…
C’est en forgeant que l’on devient coutelier, enseignait-il…

Marc l’ami villageois ne m’en voudra pas de ces facéties amicales.
Dieu l’a déjà béni !

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