En visitant une expo, on n’imagine pas le travail qui conduit à l’épreuve finale.
Il y en a même qui refusent toute explication.
Imaginez un visiteur devant le tableau de Magritte sans qu’il ait précisé « Ceci n’est pas une pipe » !
Que comprendrait-il ?
Mon expo proposait un angle particulier.
Des allégories indéchiffrables si l’on ignore mon cheminement. Sans éclairage sur la démarche, on n’y verrait qu’accumulation d’images sans comprendre la finalité.
Par exemple, celle en titre, représente un lieu dit « U Paradiseddu » (Le Petit Paradis) photographié un jour de février au soleil couchant. Le clocher, invisible de cet endroit, est venu se dorer aux derniers rayons déclinants parce que je l’avais invité à faire un tour au Petit Paradis.
Comment voulez vous décrypter cette allégorie sans aucun élément explicatif ?
Certains visiteurs n’ont pas souhaité savoir et n’ont sans doute rien compris du fil conducteur.
C’est une autre manière d’apprécier une exposition sans tenir compte de l’idée de l’auteur.
Parfois les images sont à interpréter à sa guise car rien ne leur donne direction univoque, à priori. Parfois mieux vaut prendre information.
C’était le cas de cette expo composée d’images superposées dans le but de délocaliser les clochers de l’Alta Rocca. Il s’agissait de les promener dans leur village pour les retrouver là où ils ne sont pas dans la réalité. Sans cette information, rien de surprenant, on retrouve l’image banale d’un village avec son sempiternel clocher, c’est la seule compréhension possible.
Dans ce cas de figure, hors quelques effets inhabituels produits par la superposition d’images, rien d’original à signaler.
Il me semble que visiter une expo est avant tout comprendre l’idée originale du créateur, très peu de personnes peuvent se passer de cet impératif et risquent de passer à côté de l’essentiel.
Je pratique la photographie depuis 1976. J’ai débuté cette année là avec un labo Noir & Blanc installé dans ma salle de bain. Je ne connaissais rien à la photo, j’ai appris sur le tas en faisant beaucoup d’erreurs. Ne dit-on pas que la science, donc le savoir, avance à coups d’erreurs ? J’étais plutôt scientifique dans l’âme, j’ai appliqué le principe dans toute sa noblesse. J’ai pris un plaisir fou à gravir les étapes, à comprendre le comment des mystères d’un réflex, les ouvertures de diaphragmes, les vitesses adaptées aux différentes approches photographiques. Comment mettre en valeur le sujet, comment flouter un arrière ou un avant plan, toutes les astuces utiles à une prise de vue de bonne facture.
Avec le temps et le passage au numérique, j’ai perfectionné le travail en post production.
Bref, je n’ai cessé d’évoluer avec les découvertes en vogue, aidé par un matériel modeste, un simple compact de poche vieillissant, qui ne devrait plus tarder à rendre l’âme. Une dizaine de fois, je l’ai cru à l’article de la mort, il reste fidèle à son maître pour le moment. Que le dieu des photographes lui préserve bonne santé tant que clics sont encore à ma portée.
Travailler les images d’une manière inhabituelle est un plaisir nouveau. Je vais de découverte en découverte, toujours en modeste artisan, sans atteindre les sommets de l’art photographique et cela suffit à mon bonheur.
J’ai appris à fouiller dans mes clichés, à découvrir l’autre face des choses.
L’autre visage d’une image banale, démasquer son âme cachée.
Une richesse nouvelle, une surprise au bout d’un clic détourné, le plaisir d’une autre l’aventure.



J’ai failli dire ma divine comédie, rendez-vous compte si je m’amuse des choses de la vie ! 😉
Vous réalisez de bien beaux clichés et les explications apportent tout leur charme.
J’aurais aimé découvrir votre expo et surtout écouter vos explications toujours émaillées d’humour !
Bonne soirée Simon. ????
Chaque photo a son histoire propre. (15 villages, 15 photos)
Un exemple, Tallano connu pour sa foire à l’huile d’olive, était représenté dans le grand pressoir de l’endroit, le village assoupi, photographié en surplomb au crépuscule, était blotti dans son écrin à la lumière blafarde de la bâtisse.
Quenza, connu pour sa charcuterie, devenu village de la sculpture, un cochon ciselé dans le granit apparait en filigrane derrière le clocher et semble tout résumer…
Rien de cela n’était implicite, sans le savoir, on passe à côté du message.
Bonne soirée Chat 🙂
Exposer c’est s’exposer au risque de ne pas être compris, ou mal, ou incomplètement.
C’est encore plus vrai lorsque l’on s’éloigne quelque peu du pur réalisme, déjà lui même souvent source de méprises.
Si l’on ajoute que donner une forme originale à son propre travail emporte pour un partie des visiteurs comme la signification d’une critique de ce qu’ils produisent eux même. Car enfin exposer comme digne d’être exposé emporte pour certains qu’il est ainsi dit que n’est pas de qualité leur propre création qui est différente.
Va Simon. Ni l’esthétique ni le sens de nos mots ou de nos créations ne peuvent emporter une universelle approbation ou même partage d’intention. Certains t’ont dit avoir compris, d’autres n’avaient pas les références ad hoc. C’est inévitable. Savoure les propos des premiers.
P.S. : Avais je droit, sans ton accord, de faire de l’image qui illustre notre présent propos, l’une de celles qui éclairent avec d’autres le bureau de mon ordinateur ?
Bien à toi.
Evidemment, je suis de ton avis, mais mezzo voce, je voulais fustiger ceux qui m’ont éconduit vertement lorsque je me suis approché pour proposer mon éclairage.
Cela, je ne le dis pas de manière explicite.
L’ensemble des visiteurs était ravi et l’a signifié dans le livre d’or que j’avais qualifié de plomb, aussi, pour ceux qui auraient le stylo lourd. Tu vois, je ne m’offusquais pas.
Ce fut une belle réussite et je ne m’y attendais pas.
Quant à la photo, tu n’as pas besoin de mon aval, tu sais l’amitié que je te porte, tu devrais d’ailleurs repasser par ici :-).
Bien à toi 😉