Photo : I parcitori (les percepteurs réunis) Quelle allure !
A l’arrière plan, le coteau était cultivé, aujourd’hui envahi par le maquis.
Hier, je recevais la visite d’un ami plus âgé que moi.
Il quittait le village après de brèves vacances, il ne serait parti sans passer me voir, ensemble nous revisitons notre vie à défaut de refaire le monde.
Nous avons passé un agréable moment à se remémorer un temps révolu.
Encore ! me direz vous. Oui, encore et encore !
Notre bon temps, disions nous.
Hélas, ce ne sont que souvenirs de notre jeunesse.
Nous n’avions retenu que les passages agréables, aucun autre n’était resté en travers de gorge même si, forcément, tout n’était pas rose, non plus.
Avions nous, chemin faisant, cette faculté d’absorber uniquement les bons vents en oubliant les tempêtes ?
C’est fort probable.
Mon ami, me rappelait qu’il avait dû, très jeune, se mettre à l’ouvrage pour être utile à sa famille.
« La vie était dure, me disait-il, mais c’était mon devoir, je m’étais promis d’acheter une gazinière à ma mère qui cuisinait sur le petit brasero nommé « u furreddu », chez nous. (Le petit four)
Employé à charger et décharger les camions de pierres de taille, pour premier job, n’était pas une mince affaire. Un labeur éreintant à vous briser le rachis pour la vie. Très vite, il fut employé chez un entrepreneur, Aldu, le père de mon meilleur ami.
Un homme honnête, proche de ses ouvriers. Un être taciturne, aussi, qui rentrait tard le soir après avoir visité ses chantiers.
Il dînait rapidement et se remettait à l’ouvrage pour revisiter ses plans lorsqu’il avait remarqué, sur le terrain, que quelque chose le dérangeait.
J’ai bien connu cet homme très attaché à sa famille, travailleur inlassable. Je ne l’ai jamais vu s’adonner à quelque loisir. Son loisir unique était de construire un avenir à sa famille, ce fut une promesse tenue dans le meilleur possible. Pouvait-il en faire davantage ? C’eut été déraisonnable.
Mon ami me racontait que chaque samedi son salaire était réglé et lorsque son employeur lui demandait s’il pouvait travailler le dimanche matin, occasionnellement, à midi, le sonnant et trébuchant tombait dans sa poche.
C’est ainsi qu’il pu économiser pour acheter une gazinière à sa mère.
Mission accomplie, il en était encore tout fier, à lire sur son visage le regard satisfait, égaré dans le temps passé.
Je l’écoutais et l’observais intensément , mon cher visiteur semblait encore en pleine jeunesse durant tout le récit. Son corps et son âme s’étaient attardés dans l’ancien temps.
Nostalgie ! diront ceux qui ricanent alors qu’il s’agit de revisiter ses meilleurs moments antiques.
Nous, les vieux, sommes comme ça. Nous rejouons une vie par une sorte de sélection des passages heureux prélevés dans notre vécu passé.
Ce fut l’occasion de nous remémorer d’autres personnalités de la même veine.
François le marchand de meubles et d’électroménager qui avait meublé de fond en comble ma maison à peine sortie de terre.
Je n’avais rien, strictement rien et aucune garantie pour servir de caution. C’est lui qui m’a suggéré d’étoffer mon logis de la cuisine aux chambres en passant par la salle à manger.
Tous ces meubles vieillissants résistent encore. Rien n’a changé, je suis resté coincé dans l’ancien et l’hétéroclite. Mon lieu de vie n’est pas un endroit de monstration pour fanfaronner et épater le monde.
Je m’en fiche, tout est vieux ici, j’aime la vie vraie qui s’est définitivement installée chez moi.
Une fois tout livré et monté par ses soins, je n’ai rien payé, je n’avais rien, tout était parti dans l’achat du terrain et la construction de la maison pour obtenir un prêt. Nous avions convenu d’un pacte tacite comme les indiens. Nous n’avons même pas topé ! Aucune reconnaissance de dette, écrite. La confiance totale. J’ai mené, avec Annie, la barque jusqu’à son terme et le jour où tout fut réglé, nous nous saluâmes secrètement. J’ai su après son décès que même son épouse n’était au courant.
J’en ai connu d’autres comme lui, Valère qui servait sans garantie, puis cet autre encore, qui sur son lit, avant le dernier souffle avait alerté ses neveux qu’il devait de l’argent à un ouvrier et leur tendit une enveloppe. Après son décès, les deux jeunes, ensemble, ont remis l’enveloppe à l’ouvrier. C’est ce dernier qui m’a tout raconté. Il leur voue désormais une grande estime.
Ces récits font chaud au cœur et les raviver met les temps en perspective.
Ce fut un grand moment de plaisir.
Evidemment nous sommes des vieux, des nostalgiques, des radoteurs et pourquoi pas des cacochymes ! diront les mauvaises langues.
Ah, ces jaloux qui n’ont pas de passé ! 🙂

Ah la valeur d’une parole donnée !
C’est si bon de se remémorer le ´jadis’ (et, comme d’habitude vous le contez bien). 🏠
Le hibou m’encourageait !
Ah mais !
Qu’est-ce que vais encore raconter demain ?
Ce n’est pas encore en gestation mais ça viendra. 🙂
Vivent les hiboux 🦉
Le récit de demain est pondu.
Je me doutais que le soleil corse ferait éclore des idées rapidement ! À demain.