Chère Marinette…

Cette carte postale date du 06 Août 1968.
C’est, l’ami d’enfance et de lycée, Jean Paul de Lanfranchi qui me l’avait envoyée, il y a quelques années pour que j’en fasse « bon usage » disait-il, dans mon blog.
Les villageois qui me suivent sont passés à côté de l’info, alors je renouvelle mon clin d’œil à JP et aux autres.

Comme vous pouvez le lire sur cette bafouille bien troussée, Marinette semblait enchantée de sa découverte du Levie de naguère en période estivale au plus chaud de l’été.
Si j’en juge par la date, le village débutait sa semaine festive de la Saint Laurent. Une véritable institution, des festivités que l’on peine à reconduire aujourd’hui. Marinette n’en était encore qu’au début de cette fête et n’avait sans doute pas tout vu ni tout entendu.
L’écriture est sûre, le ton enjoué et l’adhésion totale.
Puisque vous promettiez, jeune fille,  plus de détails une prochaine fois, que nous ne connaîtrons jamais, permettez-moi grand-mère d’aujourd’hui, de les adresser pour vous à votre chère Mikelle.
J’ignore, mais j’espère que toutes deux êtes encore en bonne forme. Moi, je vais bien, à priori, nous avons peut-être le même âge et très peu de chances que vous soyez au rendez vous de mon abusive intrusion dans vos affaires.

Chère Mikelle,
Le mois d’août a toujours été un mois béni, presque un mois de cocagne en folie si l’on se réfère aux nuits arrosées au champagne et alcools divers. Nombreux étaient ceux qui voyageaient nuitamment en banlieue de Paradis, dormaient le jour pour se requinquer afin d’empiler joyeusement les nuits suivantes.
Bacchus présidait. De nombreux fêtards lui rendaient hommage sans savoir que le Dionysos romain les accompagnait.
Une longue période torride au cours de laquelle les gens de passage étaient engloutis par les joyeux drilles, emportés par la foule, sans quasiment jamais bourse délier. C’était la fête et Marinette ne s’en sortait plus, elle surfait sur la vague en joyeuse compagnie.
C’était ainsi, Saint Laurent tolérait l’intrusion annuelle, une présence plus marquée que d’ordinaire, du dieu du vin, de la vigne, de la fête, de l’ivresse et des excès.
Une vague irrésistible emportait avec elle, au rythme de flonflons endiablés, toute Marinette, pirouette, cacahouète.
Ah, si vous saviez, chère Mikelle ! Vous n’auriez pas manqué la semaine du 8 août suivant, en 1969. Et seriez retournée dans votre cher Pignans en Var, les yeux remplis de bonheur. Peut-être votre amie vous avait elle convaincue de la suivre. Je l’ignore aussi.

Les temps ont changé, aujourd’hui on boit avec modération dans les dires, il faut le préciser, mais l’écriture n’est plus aussi bien envolée, nette, précise, entrainante et enjouée… que vous étiez légère et aérienne Marinette !

La première fois que les compagnons de comptoir ont entendu « Il faut boire avec modération », l’un d’entre eux s’est écrié :
– Servez Modération !
Puis tous ont entonné :
– Elle est des nôtres….

C‘était un soir d’automne, Levie fume encore…

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