Ringardise ?

Les temps actuels sont curieux.
Les nouveaux philosophes de la vie, qui n’ont jamais posé leurs neurones sur une idée à battre, à rebattre peut-être, n’aiment pas les rétroviseurs, agents de sécurité, pourtant.
« Il ne faut pas regarder dans le rétro mais devant soi », annoncent-ils.
Sus aux passéistes !
Ah, les bougres penseurs !

Est ce ringard de faire un tour dans le passé ?
N’est-il pas l’éclairage qui guide nos pas actuels ? Qui nous tient par la barbichette en nous rappelant qui nous sommes et d’où nous venons ? Les histoires et anecdotes que nous racontons, que je raconte volontiers, ne nous font elles pas rire de bon cœur ?
Ce passé n’est il pas à l’origine de ce que nous sommes ? Nos fondations ?

Il n’y a sans doute pas plus tourné vers l’avenir que celui qui s’éclaire le chemin en allant visiter ses racines, celui qui compare, qui fait le point pour savoir où il met les pieds.
Avancer droit devant, sans jamais se retourner, est pure vantardise car le passé n’est pas passé, il reste enfoui dans un coin de la mémoire toujours ouvert à la visite.
Le souvenir est une preuve du passé.
Qui vit sans souvenir et sans se souvenir n’est pas encore né.
Quoi que l’on fasse, des images reviennent, des faits anciens refont surface et « savent » à quel moment ressurgir sans qu’on les sollicite. Ils sont l’empreinte d’un être, une partie indélébile de soi et du moi.
La psychanalyse freudienne, ne va-t-elle pas fouiller les tréfonds d’un être pour tenter d’expliquer le présent et résoudre des énigmes que le subconscient avait cachées, profondément enfouies ?

Je voyage beaucoup dans le futur imaginaire, j’aime visiter des futurs improbables que je m’invente car je ne les vivrais jamais. Je m’invente des vies impossibles, des vies bizarres, des vies qui me font rêver.
Le passé, je ne l’invente pas, je le dis, je le narre, je l’emmène en procession, sa statue bien dressée sur mes épaules pour l’ostentatoire monstration.
Voilà qui je suis ! Voilà ce qui m’a construit ! Voilà qui m’emmène ici ! Voilà ma vie ! Voilà mon âme !

Je suis sur le ring de la vie en permanence, je swingue, j’esquive, un direct, un uppercut, un crochet, une caresse, trente six chandelles… je ne suis point ringard !

Lorsque la vie a fait un long voyage pour un sage plein d’usage et raison, elle sait se retourner.
Comme un indien avec sa main sur le front pour occulter l’éblouissement, il cherche à voir loin très loin derrière lui. Il ne peut s’imaginer quitter cette terre sans visiter une dernière fois le film de sa vie, une vie désormais derrière lui puisqu’elle s’en va…

Venez avec moi, je vous montre mon monde d’avant.

Mon grand-père maternel avec le chapeau. Le colonel, Don Jacques de Lanfranchi marchand d’habits.
Mon père.
Angèle qui m’a fait tant de piqûres.
Le docteur Maestrati, médecin de famille qui débarquait même après minuit…
Joseph, le marchand de journaux entre autres…
Valère et son épouse, bricoleur et marchand de tout…
Le grand-oncle Charlot et Madeleine…
Les amis d’ouvrages… Louis et Ferdinand.
Alain, l’ami de toujours…
Rose du bar et Antoine de l’épicerie…
Les dames de mon quartier, la Navaggia.
Mère et grand-mère…
Grand-mère et Annie.

Vous venez de visiter l’étendue de ma ringardise ! 😉

4 commentaires

  1. des souvenirs qui font du bien et qui -en tous cas en ce qui me concerne- sont douloureux à la fois. Nous sommes les vieilles personnes de ces photos et quand on y pense la vie se déroule et s’en va…… merci du partage.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *