Une drôle de sensation…

Catherine s’en est allée un jour de décembre dernier, juste après Noël.

Aujourd’hui, je me suis réveillé de la sieste avec la sensation que je devais passer la voir.
Nous allions assez régulièrement avec Annie, lui rendre visite.
Nous la prévenions, elle nous attendait dans son fauteuil face à la porte vitrée.
Dès qu’elle entrevoyait nos silhouettes dans l’encadrement de l’huis, sa joie éclatait, elle nous faisait signe d’entrer en agitant ses mains, le visage rempli de bonheur.

Catherine vivait dans la maison de mon enfance, la dernière tout au fond de la Navaggia, un point bas du village, nommé Ambruginu. J’y ai laissé des souvenirs impérissables qui me poursuivent aujourd’hui, plus marqués encore, que par le passé. Sans doute en vieillissant a-t-on ce besoin de retourner dans les recoins de notre jeunesse, un retour inévitable, semble-t-il.
Elle était heureuse de nous voir et riait beaucoup en écoutant pour la centième fois mes histoires. Elle ne s’en lassait jamais, bien au contraire cela la transportait au temps joyeux de l’amitié. Nos soirées à la belle étoile avec son mari André préposé au barbecue de fortune, sommairement formé de deux grosses pierres. Il surveillait le brasier avec son éternel soufflet à la main. Le feu n’avait aucune chance de s’endormir avant que nous ayons avalé « les crochettes » comme disait mon père. Je n’ai jamais su s’il plaisantait ou non en nommant ainsi les brochettes.

Les après-midis d’hiver, lui semblaient plus courtes, elle se désolait que l’on parte si tôt, la nuit tombait vite et nous devions regagner nos pénates à pied, là-haut sur la colline. C’était l’occasion de marcher un peu, de se dégourdir les jambes et entretenir la circulation sanguine. C’est une gymnastique propre aux gens qui prennent de l’âge et s’efforcent de rester ingambe.

Notre amitié datait de ma prime jeunesse.
C’est elle, l’aide maternelle qui me tenait dans ses bras le jour de la photo, pour me rassurer.
J’avais peur du photographe, lourdement armé. Un terrible engin visait les enfants en leur demandant de sourire. Du canon pointé vers nous, il devait en sortir un petit oiseau que je n’ai jamais vu sortir malgré ma longue expérience de photographe amateur. Plus tard ce sera « ouistiti » ou « cheese » moyen le plus sûr pour rater une photo. L’attente d’un joli pinson, d’une remuante bergeronnette ou d’un mignon petit canari, est bien plus rassurante que ces mots barbares lâchés bêtement !
Pour Catherine, ce fut probablement une évidence que ce lien se perpétue, j’ai emboité le pas plus tard.
Le plaisir était partagé. Avec son mari, durant notre longue absence et les rudes hivers, elle s’était occupée de mes grands-parents, puis de mes parents, avec l’aide de leurs enfants aussi.
Ces choses ordinaires, naguère, devenues rarissimes aujourd’hui.
Encore une évidence qui n’a plus cours dans les esprits préoccupés à de plus futiles intentions…

En me réveillant de la sieste, cette visite s’est imposée, je n’ai pas encore réalisé son départ.
Je viens de faire un tour chez elle, qui souriait encore face à la porte, en devinant ma présence derrière le carreau… il suffit de le penser pour qu’elle vive encore un peu avec nous.

Pour ses enfants, petits enfants et arrière petite fille, voici le cliché original, lors d’une soirée dans sa cour.

10 commentaires

  1. Elle avait des yeux magnifiques qui laissaient transparaître la beauté de son âme

  2. Simonu l’homme au bon cœur , cette dame semble extraordinaire elle dégage une magnifique aura et quel regard !
    Que son repos soit doux.
    Bravo Simon .

  3. Merci beaucoup Simon pour ce beau récit retraçant le passé si cher à notre enfance.
    Que de très bons souvenirs.
    Maman et papa nous manque tellement
    Bises à vous deux

    1. Un plaisir, pour moi, d’évoquer nos bons moments si chers à notre notre cœur.
      C’était la vie, les sourires, nos petits bonheurs, notre vraie vie.
      Cela continuera entre nous.
      Bises à vous tous.

  4. Merci Simon pour tes écris .
    Quelle douceur ma marraine ❤️
    Je ne réalise pas et je me surprends à vouloir lui téléphoner comme à mon habitude.
    Elle me manque tellement.

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