Yvon est arrivé…

Ce matin, un air de Fugain tournait en boucle au-dessus de la Zinella.

« Le printemps est arrivé… Vive la vie et vive le vent… »
Ça vous parle ?
Vous vous souvenez de cette chanson ?

Le fond de l’air était déjà chaud sur le coup de dix heures.
L’été n’en finit plus et l’automne va sans doute nous tomber dessus sans prévenir.
C’était donc encore le printemps dans la mémoire, une sorte de renaissance de nos souvenirs.
J’avais, pour saluer le retour de mon ami, non pas dressé un arc de triomphe, mais laissé toute une haie de tomates rougissantes dans la cour. Des couleurs vives et pimpantes pour l’accueillir dès l’ouverture de sa portière.
Je sais qu’il adore les solanacées, quoi de mieux que ces boules éclatantes pour lui annoncer salades fraîches au basilic. Un basilic qui pulsait ses effluves* provinciales, comme provençales, au moindre souffle de vent.

Sur les côtés, le basilic chantait…

L’ami était tout heureux de nous retrouver, ils nous a regardé avec un sourire plaisant puis les bras largement ouverts : Venez que je vous embrasse, vous n’avez pas changé !

Sans tarder, Yvon me parla de notre rencontre :
– Tu te rends compte, si je suis ici c’est grâce à un repas à la cantine des Mureaux.
A quoi tient la tournure d’une vie.

Nous prenions nos déjeuners dans la cantine de l’école située dans un château au milieu du parc de Becheville..
De nombreux enseignants venaient se sustenter sur le coup de midi, accourant de différents endroits de la ville. Certains se connaissaient et entretenaient ainsi leur copinage. Nous venions tous de province et nous nous regroupions par départements ou régions.
Je débarquais à peine de ma Corse natale très loin de ma Navaggia lévianaise.
Je cherchais des appuis aussi.

A ma table, c’était la fête, on riait facilement, j’étais l’animateur de service.
Intrigué, Yvon qui ne perdait mot, avait pris abonnement à la table voisine pour être aux premières loges. Je racontais des histoires, l’agitation était à son comble dans le giron.
Un jour, il m’attendait à la sortie et me demanda s’il pouvait venir déjeuner à la même table.
Le lendemain, il était à mes côtés, une forte amitié naissait… elle perdure encore.

Mon ami s’est souvenu du temps qui passe sans jamais repasser, il souhaitait nous rendre visite…
Nous voir une dernière fois… ce sont ses mots.

Les choses de la vie sont ainsi faites, en attendant nous allons saluer chaque jour qui passe en notre présence, et nous ferons mine de croire que le printemps est une saison qui dure…

*Effluve est masculin mais le féminin est autorisé au pluriel.

Le repas traditionnel de saison en Aratasquie à cette période.


Le plus de M. PLus d’Aratasca.
L’incontournable tarte à la tomate.

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