« Les fous font les nœuds, les sages les dénouent. » James Freeman Clarke
Je connais une vieille histoire, que l’on racontait lorsque nous étions enfants, qui confirme au moins une exception.
Le fou du village avait grimpé au sommet du clocher et sonnait à la volée à tout rompre, sans s’arrêter. Les habitants s’étaient massés au pied du clocher et lui faisaient signe de descendre. Rien à faire. Le maire avait mis son écharpe de premier magistrat et le suppliait d’arrêter, sans succès. Le curé essuya le même échec malgré ses habits de messe. Alertés, les gendarmes butèrent sur le même refus, les képis laissèrent le quasi Quasimodo de marbre.. Ni bonnes paroles, ni prières, ni menaces n’eurent le moindre effet sur le sonneur de fortune.
Parmi la foule, le deuxième fou du village riait. Il s’éclipsa quelques minutes et revint avec une hache. S’adressant au récalcitrant et montrant l’outil, il s’exclama : Si dans deux minutes tu n’es pas descendu, je coupe le clocher !
Vous imaginez que l’autre, pas trop fou, tout de même, ne se fit pas sermonner davantage, en quelques secondes il était sur la place de l’église.
En somme, c’est un fou qui trancha le nœud gordien. Ce furent sages paroles mais paroles de fou. La prochaine fois vous brandirez moins vite un aphorisme. Ecrit pour asséner une vérité, suffisamment séduisant dans la forme pour convaincre, mieux vaut ne pas en abuser.
Cette idée m’est venue en photographiant pour la énième fois les nœuds sur les planches de la cabane voisine. Des planches de pin sorties d’une scierie de Zonza qui n’existe plus, vieilles de près de cinquante ans. Les nœuds vieillissent, sortent de leur logement et s’expriment. On dirait qu’ils racontent des histoires. Il suffit de les customiser un peu et voilà qu’ils évoquent des choses… Evidemment, j’étais à l’écoute, je vous envoie leurs messages.
C’était aujourd’hui au coucher du soleil, je les visite à peu près tous les ans à la même période.






