Il y a l’humanité, le monde des hommes et l’humanité, le regard humain, ce sentiment compassionnel à l’égard de ses semblables, c’est cette dernière assertion que j’évoque.
Si un jour, je sombrais dans une de ces maladies qui nous plongent dans la dépendance et l’obscurité, je souhaiterais que quelqu’un m’envoie ad patres car je n’ai aucune envie d’empiéter sur la vie des proches.
Je suis né pour vivre en toute conscience, non pour être assisté dans une totale absence.
A quoi bon poursuivre une vie végétative si je ne sais plus qui je suis, où je suis, ce que je fais, qui vous êtes, si j’ignore l’ici et maintenant, si j’ai oublié le sens du vivre ?
Si l’on me nourrit, m’abreuve comme on entretient une plante,
Si je ne pousse plus, si je végète,
Si je ne fleuris plus, si je me fane, si ma frondaison flétrit, si j’ai le visage de l’indifférence et le regard perdu,
Si j’ai les yeux vides qui visent sans voir et sans comprendre, si mes mouvements et mes actions deviennent insensés, si le temps s’en est allé et a déserté mon entendement,
Si plus rien n’est pensé, n’avance ou ne recule, si tout est machinal simplement guidé par l’intervention extérieure,
Alors, par pitié, pas « d’humanité » à mon égard.
Certains diront :
« Il est dans son monde, il vit encore, qui sait s’il pense toujours dans le secret de sa nouvelle condition ? »
Ceux-là sont dispensés de penser à ma place.
Si au lieu de sagesse et de savoir, si j’ai perdu usage et raison, si je retourne en petite section de maternelle, non pour apprendre mais parce que j’ai tout oublié, ne me faites pas jouer à l’automate, ne me faites pas de risettes, à la fin d’une l’année éhpadienne ou hospitalière, je n’aurai pas progressé, parvenu au bout de l’usure ultime de la vie.
M’accorder une sorte de prudence, une incertitude purement déontologique serait la pire chose à m’adresser.
De cette compassion abusivement humaniste, je n’en veux pas.
Je ne saurai rien, vous vous préserveriez de mauvaise conscience.
On croit en dieu alors qu’on ne sait rien de lui, on croira que je suis encore dans ce monde alors que mon entendement, propre de l’homme comme le rire, aura fugué.
Si je ne suis plus vivant pour savoir le jour, le sourire et les pleurs, il est temps que je m’en aille, ne me gardez pas parmi vous.
Ne brodez pas avec des oui mais, on n’a pas le droit… Je vous donne ce droit d’aider une loque à partir bien avant que ses proches n’osent plus la regarder et baissent les yeux.
La poignée de jours, de mois peut-être, l’année de plus dans un état larvaire qui ne deviendra jamais plus papillon… n’est pas raisonnable.
Que les autres vivent leur temps, leurs jours sont plus précieux, plus utiles qu’à jouer avec une marionnette que l’on agite dans un castelet improvisé.
Il semblerait que la protéine prion intervienne dans la dégénérescence cérébrale, ne prions pas pour elle, cherchons à comprendre comment la neutraliser, la rendre inoffensive, ce serait bien plus efficace qu’un improbable salut venu du ciel.
Image en titre :
Un peu de tendresse pour le vieux sage. (feuilles de poirier en automne, sur pied)


Le thème « Cours de la vie » me permet de voyager librement au fil du quotidien.
🧡😻🧡
Bien lu
Plusieurs fois comme pour s’assurer que les rides que l’on voit sont bien celles de notre front.