De l’art de perdre des enfants en route…

Aujourd’hui, j’étais chez des amis qui s’inquiétaient du blocage de leur enfant devant un exercice de mathématiques. Ils avaient l’impression que leur fiston avait intégré le sens de la soustraction. Que nenni ! Devant l’exercice imposé, il n’y comprenait rien ou du moins semblait perplexe. Qu’est qu’on lui demandait là, alors qu’il y avait plus simple pour lui, à faire ! Par exemple, il comptait à rebours. Où est le problème ? Il ne faut pas compter sur les doigts ? Ah, bon ! Croyez-vous qu’un enfant de sept ans qui compte sur ses doigts comptera toute sa vie sur les doigts ? Où avez-vous vu cela ?

L’exercice imposé était le suivant : 34 – 7. On part de 34 on enlève 4 pour tomber sur 30 puis on continue à enlever 3 pour arriver à 27. Ok ! La marche à suivre était imposée. Et si l’enfant n’est pas encore en mesure de décomposer un nombre de la sorte pour atterrir pile sur les dizaines puis poursuivre en enlevant ce qui reste, comment on fait devant cette difficulté ? On attend que ça rentre alors qu’il avait juste en procédant autrement ? On lui complique l’existence avec cette procédure imposée alors qu’il comptait à rebours en continuité ? Faut-il coller impérativement au modèle proposé ? Et lorsque un enfant se bloque même devant une peccadille, ça trouble énormément.

C’était un exercice photocopié. Une photocopie extraite d’un manuel scolaire collée sur le cahier. On gagne du temps et surtout cela nous évite de réfléchir au fonctionnement de chacun. Tous les mêmes comme dirait Stromae. L’enseignement ce n’est pas cela. La pédagogie consiste à détecter le fonctionnement de chacun, de le respecter si tout mène au bon résultat ou de le corriger dans le cas contraire en essayant de comprendre pourquoi ce fonctionnement est erroné. La photocopie systématique du tout cuit piqué sur un livre, qui fait gagner du temps, devrait être interdite. Si c’est une démarche personnelle pensée après des observations dans le but d’aider à mieux comprendre, bien sûr qu’on peut la pratiquer. Les opérations on les pose soi même, c’est un exercice utile et formateur, on n’impose pas des schémas où l’on inscrit des nombres et puis c’est tout ! Cela peut se concevoir, mais plus tard, lorsqu’on a compris le sens de l’opération, lorsqu’on est en équilibre, alors on s’amuse autrement, pas avant.

Je me souviens d’un enfant qui ratait ses soustractions tout simplement parce qu’il avait appris à les faire par le complément (7-4 je pars de 4 et je monte jusqu’à 7) sans jamais avoir éprouvé la vraie soustraction (7-4 je prends 7 et j’enlève 4) ce qui permet de mieux comprendre le soustraire. Il avait l’impression de faire une addition en précédant ainsi et donc mélangeait addition et soustraction. Plus tard, il pourra opter pour le complément car c’est une démarche d’économie et non un apprentissage fondamental. Voilà à quoi on s’expose lorsqu’on saute des étapes parce qu’on croit que ce qui est sur un livre est bon pour tous.

J’ai regardé l’enfant faire ses soustractions, aucun problème avec sa « méthode ». Je l’ai encouragé à continuer en lui disant « Si tu ne parviens pas à suivre la méthode imposée (qui durera peu de temps puisqu’on suit un livre) ne t’inquiète pas, ce que tu fais est juste.

C’est grand dommage d’en arriver là. L’enseignement est une bonne chose mais qu’on pense par soi-même bon sang !  Qu’on regarde et qu’on écoute !

Certes, on fonctionne avec un groupe, mais on reste vigilant pour ne point troubler celui qui a compris d’une autre manière.

Le manuel scolaire est un complément à l’enseignement d’une matière et non une bible dont on égraine les passages.

– Oui, c’est c’la, mais calmos, tu n’es plus dans l’enseignement… Cultive ton jardin, cela suffira amplement à meubler le reste de ta vie.

2 Comments

  1. Bonjour Simonu

    Ce texte me rappelle mes angoisses devant mes exercices de maths et mes passages au tableau!
    L’une de mes enseignantes m’avait gardé après les cours jusqu’à ce que je comprenne le fonctionnement des soustractions.
    C’est ainsi que je m’y suis soustrait….!

    Je poursuis ma lecture sur votre blog, que j’ai placé dans mes favoris.
    CESAR

    1. Bonjour César,
      Très agréable de recevoir des commentaires « tranquilles » comme celui-ci.
      Sympa. Je vous remercie pour votre suivi, cela m’encourage à poursuivre.
      Bonne journée.

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