Les violettes.

Evocation de moments joyeux de l’enfance.

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Elles habitaient à moins d’une centaine de mètres l’une de l’autre. Leurs maisons si proches ne se voyaient pas, masquées par deux autres plus imposantes.

Grand-mère, entre le bassin qui servait de lavoir, le jardin, la cave, le grenier, la porcherie, le poulailler, la cuisine et le ménage, n’avait pas beaucoup de minutes pour elle. Je crois qu’elle n’a pas souvent franchi cinquante mètres en direction du village. Toutes ses activités tournaient à l’opposé. A la saison des figues, nous partions par le sentier qui menait aux porcheries du quartier versant Archigna pour gagner « u ficaghju » (endroit planté de figuiers) que mes grands-parents tenaient en métayage. Ils entretenaient le terrain et partageaient la récolte avec le propriétaire. Outre la figueraie, ils partageaient la châtaigneraie mitoyenne et une noyeraie plus proche de leur maison. Minanna faisait le plein de figues blanches destinées au séchage pour nos récréations l’hiver. Elle nous confectionnait des pochettes semblables à celles feutrées qui cachent des bijoux et se ferment en tirant sur des cordons, avec un tissu aux couleurs différentes pour chacun. A défaut de Bichoco ou de barre chocolatée nous partagions figues sèches et noix. A la saison des châtaignes, notre goûter scolaire se composait de buttacioli (châtaignes bouillies avec leur enveloppe rigide) et de celles cuites avec leur fine membrane brune, bien imprégnées d’une infusion de fenouil. Une poignée généreuse de l’ombellifère anisée prélevée sur les bords des chemins bouillait en même temps que les fruits de l’arbre à pain. Parfois, un sac usé à force d’être traîné était raccommodé pour un autre usage. Il devenait réserve de billes, en terre cuite le plus souvent. Quelques boules en verre, rarement des agates, nous lorgnions sur les calots que les plus vernis d’entre nous  n’osaient pas rouler au sol. Ils évitaient de les rayer ou de les ébrécher en les exposant dans le creux de leur main seulement. Ces billes majuscules étaient davantage des objets de monstration qui conféraient quelque valeur à son possesseur, avant qu’elles ne se démocratisent. Parfois, un camarade de classe plus hardi qui se fichait de collectionner, préférant tester la solidité de ses calots, nous cédait une de ces volumineuses sphères « sbucculati », lorsqu’elle avait perdu un éclat sur un choc plus violent que les autres. Nous montrions fièrement la surface intacte pour faire bisquer les copains en masquant la partie endommagée.

Evoquez un simple petit sac en toile et voilà toute une histoire qui surgit…

Barberine et Marianne qui habitaient sur le passage côté village partageaient une grande amitié avec ma grand-mère. Je suis allé rendre visite à Marianne dans le courant de septembre. C’est toujours une joie de la revoir. Alerte dans ses propos, la mémoire vive, le plaisir naturel et franc marque chaque rencontre. Une occasion de raviver le passé. Elle vous accueille d’une voix affirmée et la joie communicative. Cela me donne la chair de poule car je sais que nous allons nous replonger dans les souvenirs, revivre les bons moments du passé. A certains gestes, certaines intonations, je retrouve les attitudes de Barberine sa mère. Elle effectue volontiers un retour dans le temps lorsque la Navaggia ressemblait à un petit village. Elle se souvient qu’à l’entrée du printemps, ma grand-mère lui offrait un petit bouquet de violettes qu’elle soignait particulièrement dans un coin du jardin. C’est sa fleur préférée et minanna le savait. Une attention toute simple qui a traversé les ans et reste encore gravée dans sa mémoire.
Ce n’est pas la saison mais je dispose d’un petit stock de clichés récoltés dans les environs. Une occasion d’offrir à mon tour ces jolies fleurs de Carême, accompagnées d’un sourire, à notre chère Marianne. Je sais que pour le parfum, la simple vue de l’image devrait réveiller la bouffée fraîche et printanière d’un bouquet surprise.

Chère Marianne, je voulais t’apporter un reflet du temps à travers ces images de violettes chargées de symboles.
Cliquer sur les photos.dsc_7006dsc_7038

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1 Comment

  1. Mon cher Simon : quand je te lis c’est toujours avec émotion mais aujourd’hui elle est à son comble car tout est si beau , si vrai . Ta grand mere , ma mere tout le quartier ou jeunes et vieux se côtoyaient , c’est loin tout ça mais cela reste encore dans nos mémoires et même dans la mienne qui reste encore assez intacte malgré mon grand âge . Merci Simon pour ce très beau texte ,je vous embrasse tous les deux Annie et toi la larme à l’œil de bonheur .

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