Et la paresse bordel !

Il ne se passe pas un jour où l’éclairage de l’actualité ne se porte sur l’école. Non pour tresser des lauriers ou vanter les mérites d’une santé florissante dans nos centres d’instruction à défaut d’éducation mais … une insulte par ci, une claque par là quand ce n’est pas un coup de couteau… Les enseignants ne savent plus à quel ministre se vouer. Même si la violence a toujours existé, il y a eu des temps plus cléments. Je me souviens d’un temps au cours duquel, faute de mouvement, certains s’escrimaient à traquer la paresse. Cette inquiétante inertie aux antipodes de la violence recelait, pour beaucoup, une autre forme de violence, alors insupportable. C’était en temps de paix, elle était moins dangereuse.  Que voulez-vous, lorsqu’on n’est pas visé, il faut bien se sentir visé. Diable !

 Un souvenir s’est réveillé.Un de mes amis qui préparait un mémoire sur la paresse me questionna à ce sujet pour avoir mon avis. Cela m’amusa beaucoup et je crus détenir là l’un des sujets les plus difficiles à traiter au même titre que celui sur l’intelligence. Je me disais : « la paresse existe mais n’est pas ; elle est le fruit de l’imagination ou une incompétence pour expliquer une attitude que nous n’acceptons pas ».

 C’est ainsi que je pensai au Yéti.Puisqu’il existe des traces de paresse peut-être, un jour, rencontrerai-je le Paresseux. Dès lors, sans vraiment partir sur les traces du Yéti, je n’en restais pas moins à l’affût.  Et voilà qu’un beau matin, je tombais nez à nez avec un spécimen qui répondait à toutes les définitions déjà émises. J’étais persuadé de tenir là, le Petit Homoparessus en chair et en os qui allait enfin mettre un terme à l’alternative : « existe-t-il ou  n’existe-t-il pas ? »

Voici tel que je le découvris au sortir de l’hiver, avant la fonte des neiges.Il était là devant moi, les cheveux en bataille, la bouche de travers car sa main droite soutenait son menton, le coude planté sur la table. Son regard fixe mais vague indiquait bien qu’il me regardait sans me voir.C’est, alors, que j’ai tenté d’entrer en communication. Peine perdue. Il ne marmonna que quelques paroles d’extraterrestre, incapable d’articuler la moindre syllabe.  Nous ne parlions pas le même langage.

Après quelques secondes de silence, je levai les yeux et constatai que sa paupière gauche venait de se fermer. Il ne me regardait plus que d’un œil. Et je pus, à ma grande stupéfaction, lire sur le rideau tiré de l’autre œil : « Ne pas déranger SVP ! » L’espèce était rare et me permettait de conclure « oui, le paresseux existe, je l’ai rencontré ».

Mais voilà, à mon étonnement, que les spécialistes de tout poil ne reconnurent en lui qu’un simple Homonormalus.

Les rééducateurs : « manque de motivation, d’intérêt… »

Les psychologues : « QI normal »

Les médecins : « probablement la fatigue »

De flemme point.

Mais imaginez donc ma surprise lorsqu’un dernier spécialiste que personne n’avait consulté, éminent observateur et sans scrupules, le concierge de l’immeuble croisa la maman de l’enfant et lui dit : « j’ai rencontré votre lardon… un véritable poète ! Il fera parler de lui. »

Et oui, on en parlait déjà, et cette dernière remarque, la plus spontanée de toutes, probablement la plus proche de la vérité venait d’anéantir tous mes espoirs. A l’évidence, je n’avais rencontré qu’un « Homo-oniriquus » plus communément appelé rêveur. Et de paresseux, toujours pas de traces. Hélas, trois fois hélas, il faudra tout recommencer.

Aux dernières nouvelles, le paresseux court toujours, il n’a pas été localisé, la chasse reste ouverte.

 Quant à moi, il y a belle lurette que je l’ai abandonnée.

Il a encore de beaux jours devant lui, et si vous pensez le contraire… à votre humeur messieurs dames !   

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