Vies parallèles.

Ils ont le même âge, pas le même costume ni la même allure.

L’un court les palaces, les hôtels de luxe et fréquente les grands restaurants… il sent bon le Dior ou le grand parfumeur. Il courbe un peu l’échine et se balance avec le sourire assuré de la réussite. Ses mains, parfois baladeuses, savent bien jouer du stylo pour parapher un document ou signer un gros chèque.

L’autre parcourt les champs, les étables et fréquente les porcheries… Il sent le crottin ou le lisier tout frais. Il courbe un peu plus le dos et se balance avec la tristesse de la fatalité. Ses mains, parfois engourdies, sont noueuses et savent juste saisir la pioche ou la pelle pour signer la terre de son passage.

L’un revêt son trois-pièces, quitte sa suite pour en rejoindre une autre à portée de jet privé ou de limousine. Après un passage entre les mains d’une esthéticienne pour assainir la peau de son visage et paraître plus jeune, c’est la masseuse qui prend le relais et détend ses muscles tétanisés par l’étude de dossiers trop compliqués.

L’autre arbore son vieux pull troué, quitte sa ferme pour rejoindre l’étable à portée de brouette. Après un passage devant la glace pour ordonner ses cheveux, son visage mal rasé suggère encore les sillons de son champ juste labouré. 

L’un sirote une coupe de champagne en attendant la poule girl de luxe, l’autre avale un verre de pinard avant de soulever la sienne pour lui piquer son œuf.

Le temps se promène mais va toujours de l’avant, même lorsque l’on parle d’aller/retour. Le temps ne sait pas retourner. C’est un rouleau compresseur  qui avance sans jamais connaitre la panne et ne regarde rien sur son passage. Il réserve le même sort à tous ceux qui ont  eu l’imprudence de naître un jour : leur passe dessus sans état d’âme. Il roule, roule et n’existe que pour cette hécatombe perpétuelle.

Louis XIV est mort en 1715, 296 ans déjà… ça lui fait une belle jambe d’avoir été le Roi Soleil.

« Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes » C’est son contemporain Corneille qui l’écrivait dans le Cid.

 

Je suis encore devant le temps, ce petit plaisir d’écrire me ravit …

Je file au suivant…le rouleau gronde déjà !

Rien ne vaut la conscience de sa vie.

 

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