Pour qui sonne le glas ?

C’était leur église…

Si tante Marie était encore de ce monde, je suis sûr qu’elle se serait appliquée pour sonner le glas.
On disait qu’elle le sonnait mieux que personne, que l’émotion passait à travers ses notes détachées.
Un staccato dont elle avait le secret, qu’elle aurait adressé tantôt à l’une, tantôt pour l’autre, elle les a bien connues toutes les deux et aurait poussé à son meilleur, le jeu des cordes qu’elle actionnait avec ses bras et ses jambes, dans le clocher de Levie.

Une fois n’est pas coutume, l’annonce du décès de Bébelle et d’Annie est tombée le même jour.
Les deux dames tranquilles se connaissaient, s’appréciaient, sans doute.
Pourquoi dissocier leur départ simultané vers les cieux ?

Je me souviens de Bébelle au bras de Loulou, je les appelais les inséparables.
Ils parcouraient les rues du village au mois d’août, en fin d’après-midi, partaient en promenade sur le chemin de Cirana. Je les imaginais faisant le plein d’images avant de rejoindre Paname à la fin de l’été.
Ils s’arrêtaient dans le dernier virage, contemplaient la vallée d’Archigna, Carbini et Oronu.
Le soleil couchant les aidait à mémoriser leurs images de toujours, afin que l’hiver soit rempli de leur enfance au village.

Annie, me rappelait sa mère Joséphine qui tenait le restaurant « La Pergola ».
Elle composait au piano de l’autre restaurant « Les Gourmets ».
Une travailleuse inlassable au sourire adressé en permanence à tout villageois, à tout visiteur de passage. Je ne l’ai jamais vue en colère ou le regard sombre.
On aurait dit que tout lui semblait agréable et que le dérangement ne faisait pas partie de son monde.
Elle vivait sans négliger personne et, même plus, se montrait agréable avec tous, sans que ce soit un calcul, une posture.
Elle était ainsi, une dame de bien, une dame sereine.

Bébelle et Annie, deux villageoises tranquilles, se connaissaient parfaitement.
D’après l’annonce faite hier, elles seraient parties le même jour, pourquoi ne pas les associer dans ce voyage vers l’éternité ?

Ceux qui vous ont connues, se souviendront de vous.

C’était leur village…
Deux étoiles de plus dans les nuits lévianaises…

4 commentaires

  1. Bonjour Simon
    Très bel hommage que vous rendez à 2 dames de notre village. Loin de Levie j en ressens d autant plus là tristesse.

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