Après un long jeûne de six jours, seulement soutenu par perfusion, on m’annonce que le soir, j’aurai droit au BYC.
Un hibou qui traînait dans les parages me taquina un instant :
– Alors, on t’offre un stylo parce que tu as été sage !
(Il avait tout ouï sans voir l’orthographe)
J’attendais patiemment ce BYC, j’avais faim.
Dans la journée, j’ai appris que BYC signifiait Bouillon, Yaourt et Compote, du léger pour reprendre goût aux repas.
Me voilà donc devant mon premier BYC.
Il manquait le Y, on l’avait oublié.
Le Bouillon ressemblait beaucoup à une tisane, un bol de liquide clair, sans le moindre morceau de vermisseau, duquel émanait un fumet de légume dominant que je ne parvenais pas à identifier.
Pour la compote pas de surprise, un peu épaisse, légèrement sucrée, elle ressemblait à de la nutrition.
A mon deuxième BYC, j’ai fait connaissance avec le Yaourt. Un truc infâme, on aurait dit qu’une vache avait moulé directement son produit dans le pot, baignant dans une sorte de liquide jaunâtre et « flapotait » lorsque je secouais le contenant. « Flapotait », mais pas en bloc, en amas grumeleux.
Après trois jours, j’interpellais le chirurgien venu me voir, en lui proposant de passer du BYC au Mont Blanc. On me servit un repas allégé mais seulement du Baignol & Farjon.
Pour le Mont Blanc, c’était trop tôt, sans doute.
Ce fut un festival de plats d’un autre monde.
Des « farfale » avec une aile cuite et l’autre crue, je me demandais par quel mode de cuisson cela était possible.
Idem pour le riz dont le cœur était souple à souhait mais les pointes restées sèches et croquantes.
Un riz entier, le lendemain, noir et totalement éclaté comme une chevelure d’encre, crépue, semblait avoir été cuit à la dynamite. Il y avait mâche et remâche, de quoi passer un bon moment à mastiquer des grains collés et sans goût particulier.
Le soir, une ratatouille aussi proche de rata que de touille, encore servie avec des papillons « pasta » aux ailes mi-cuites, mi-sèches.
Bref à chaque repas j’avalais stoïquement, sans être trop regardant, la faim me tenaillait.
Si la partie médicale de la clinique semblait au top, tant côté toubib que côté infirmières, la partie cuisine serait probablement recalée au palmarès du cordon bleu pâle des débutants, loin, très loin de la cassolette d’or.
Elle ne pourrait aucunement prétendre au moindre tian tombé par terre, éclaté en mille morceaux, c’est vous dire à quel point la faim ne regarde point les moyens…
Je parie que même les soldats envoyés au front en 14 devaient mieux se sustenter avec leur ration.
Pour eux, hélas, c’était aussi une autre histoire.

Bien compliqué tout ça ! …. Et 1 mois d’attente ! Faut pas être sujet à l’hypertension 🙄
L’état général était jugé trop alarmant pour être opéré sur le vif.
Il fallait stabiliser le tableau clinique d’abord.
Voilà pourquoi je baigne dans l’humour, mieux vaut en sourire qu’en gémir…
J’attends le vent en espérant qu’il soit zéphir.
Merci Gibu ! 🙂