L’autre dernier des Mohicans.

J’étais dans une salle d’attente médicale quasiment complète.
Tous les regards étaient pointés vers les portables, l’index actif faisait défiler les écrans.
Pas un seul visage visait l’humain, tous tête baissée étaient profondément absorbés par un visuel délocalisé.

Je n’ai pas de tel mobile, j’étais le seul à mohiquer.
Késako ?
Qui m’interpelle ?

En ces moments très inspirants, mon esprit réagit au quart de tour et soudain s’invente des vocables nouveaux.
N’allez pas croire que ce barbarisme n’existe pas, il était sous-jacent, vivait caché dans un coin de mon esprit et attendait le moment propice pour apparaitre au grand jour.

Donc, pendant que tout le monde pianotait sur son portable, je mohicais ou mohiquais, c’est à dire, que mon regard se baladait de tableau en tableau, puis revenait de l’autre à l’un après être déjà passé de l’un à l’autre. C’est ça mohiquer dans une salle d’attente, rester muet et promener son regard sur les affiches. Personne n’a rien vu, j’ai même pris une photo au-dessus des têtes, pas le moindre frémissement et j’imagine que personne n’a entendu les clics qui sortaient de l’antre de mon vieux compact encore vivant.

Lorsqu’on mohique, on est forcément noyé dans la solitude au milieu d’un monde indifférent.

La prochaine fois que vous vous trouverez dans une salle de patientage essayez donc de mohiquer aussi. Lâchez votre Aïe Phone et faites un tour dans le réel, dans le monde des humains qui s’ignorent.
Vous verrez foule muette, des regards perdus dans le vague et l’esprit en vadrouille loin d’ici. Des présents qui sont absents des lieux qu’ils fréquentent, vous pouvez leur tirer la langue, ils ne verront rien ou alors, perdus dans leur rêve éveillé, croiront que vous rêvez aussi.

Le monde du silence des salles d’attente n’est pas près de retrouver la parole.
Tant mieux pour moi, je schtroumpferai d’autres vocables pour enrichir mon dico déjanté !

Lorsque je me suis retrouvé seul.
Sinon, je me contorsionnais, l’appareil au ras du sol et clic ! au jugé.

La dernière des hiboux :
Quelqu’un me faisait remarquer que je me voute de plus en plus, les hiboux ont tout entendu.

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