Froncer la glabelle.

En relisant quelques-uns de mes textes anciens, pas si vieux que cela, datant d’une dizaine d’années, je retrouvais, blotti dans un paragraphe mystérieux, l’expression « Froncer la glabelle » que je venais de lancer dans la foulée d’une écriture spontanée.

Comme je l’écrivais dans mon texte « Le sucre mot », et expliquais comment surgissent mes expressions geysers, toutes chaudes et soudaines, ces sorties primesautières témoignent du plaisir évident d’écrire.

L’écriture n’est belle que si l’on suit ses idées, à sauts et à gambades, comme des cabris sans bride aucune. Je laisse courir mon esprit, vagabonder, s’engouffrer dans des fourrés touffus pour en sortir avec une nouveauté entre les dents comme un chien vous apporte un bâton ou une balle. A la différence près, que je n’ai rien jeté au préalable pour aller le chercher. C’est spontané, dans le fil de l’écriture et des idées qui sautillent, à mesure que j’avance dans mes cabrioles.
L’idée survenue en induit une autre qui coule de source et l’eau s’écoule comme un ruisseau qui, par méandres, cascades, coulées plus calmes, cherche la mer.
Je n’ai jamais besoin de murir un écrit avant de commencer et ne connais pas le syndrome de la page blanche.
Jamais à court d’idées dès l’instant que j’ai posé un titre, d’instinct.
Un titre valise, plein à craquer.
Je ne sais pas ce que je vais écrire mais je sais que mon titre contient tout. Le potentiel y est inclus, prisonnier, je n’ai plus qu’à me lancer à son secours pour tout libérer.
Chaque mot que j’écris en découvre un autre à la vitesse supersonique, bien plus que du vent. Tout coule, tout découle sans arrêt, sans réfléchir ne serait-ce qu’un seule seconde.
Mon esprit se libère dès l’instant que je lance l’écriture.

Je ne lis pas mais j’écris, c’est un mystère pour certains qui manifestent leur incrédulité face à cette énigme :
Comment peut-on écrire facilement avec autant d’abondance sans avoir lu un seul livre de sa vie » ?
Ce qui semble impossible pour certains est normal pour moi que mes proches appellent l’extraterrestre. Allez savoir !
Parfois je me questionne aussi. Suis en mission pour prouver que rien n’est jamais perdu ? Que l’espoir doit vivre ? Que la vie est belle ?
Sans doute oui, rien que pour cela, pas pour une mission supérieure.

Alors cette expression ? Vous avez hâte de savoir ?
C’est tout simple. Un enfant que je suivais en rééducation de la lecture – encore une curiosité, un non lecteur spécialisé dans l’apprentissage de la lecture pour des cas difficiles, c’est bizarre – fronçait l’espace glabre entre les sourcils chaque fois qu’il s’interrogeait ou était dubitatif.
Un espace nommé « Glabelle » situé entre les yeux et que vous pouvez toucher en suivant la ligne du nez jusqu’au front. Vous voyez ?
Eh bien, froncer la glabelle signifie réfléchir, s’interroger, s’étonner parfois, on devine la nuance grâce au contexte.

Voilà, un si long cheminement pour pas grand chose, c’est cela écrire, en exprimer toute sa saveur sans oublier une miette à pressurer.

Sous un autre angle et en couleur s’il vous plait !


4 commentaires

  1. J’allais partir après mon commentaire sur l’article précédent lorsque mon instinct félin m’a rappelée ici.

    J’y vois une forme de réponse à mes confidences car, sans être réellement confidentiel, cet espace ronronnant, intimiste, amène paix et confiance. 🙂

    J’adore votre prose qui fait si bien écho au dernier atelier d’écriture auquel j’ai participé, lundi dernier (1 fois/mois… 3ème séance pour moi, qui ne l’ait découvert qu’en novembre dans mon quartier). Sur le thème de l’enfance, notre groupe de 12 devait s’essayer à l’écriture automatique.
    Un jeu qui, finissant par plusieurs « cadavres exquis », a amené un feu d’artifice neuronal et des rires à gorge déployée évocateurs, pour moi, des exercices d’Oulipo, que j’avais réalisés il y a 5 ans environ pour accompagner ma fille dans un devoir scolaire.

    Cadeau pour vous : https://www.oulipo.net/.
    Je serai ravie de savoir si vous y avez trouvé plaisir aussi.

    Catherine

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