Chemin de paix.

Il n’existe pas de chemin de paix.
Aucun traçage, aucune voie à suivre, c’est la vie qui décide à coups de dés.

J’ai eu la chance de naître dans une famille très modeste, entouré d’analphabètes dont le regard était tourné vers Dieu. Tous étaient croyants mais tous n’étaient pas pratiquants.
Père n’allait à l’église que pour les enterrements, il portait les cercueils jusqu’à à leur dernière demeure.
Il était assidu à la procession du vendredi saint.
Pour rien au monde, il n’aurait manqué d’accompagner le Christ sur sa croix pour la traversée nocturne du village. Il était chargé de récolter les deniers que les habitants proches de chaque reposoir laissaient dans un plateau posé à cet effet.
Tante Marie, sa sœur avait pris la succession de ses parents. Père sacristain, mère sacristine, très affairés à l’église durant toute leur vie.
Sonneurs de cloches devant l’éternel, me les auraient sonnées, aussi, s’ils m’avaient connu.
C’est avec elle que j’ai pu faire mon chemin de paix en traversant ma période spirituelle.
Spirituelle est beaucoup dire car ma confrontation avec le sacré et la transcendance fut très rapidement perturbée par le doute et le savoir antagoniste du croire.
Je m’éloignais du croire à mesure que bien des choses m’échappaient lorsqu’on nous demandait d’acquiescer sans chercher à comprendre.

En fin de primaire, je faisais la course au crucifix, dit en ivoire alors qu’il était en bakélite moulée.
Je l’ai su bien plus tard.
Il fallait aligner vingt messes matinales d’affilée sans sauter un jour sous peine de devoir repartir à zéro. Je l’ai eu mon Christ, il trônait au-dessus de mon lit.
Tante était fière de moi, ce trophée valait, à ses yeux, diplôme pour accéder au paradis.
La période des messes matinales ne fut pas de tout repos. Le prêtre savait et se pressait pour dire l’office à la vitesse des trois messes basses selon Alphonse Daudet.
Lorsqu’il prenait trop de retard, nous faisait signe de filer à l’école pour éviter les cent lignes : « Je n’arriverai plus en retard à l’école…« 
J’ai du en copier des enfilades, par centaines, malgré mon entrainement au sprint et à l’endurance à la course. Il m’arrivait de me présenter en classe lorsque les autres élèves étaient déjà à leur place.
Imaginez le conflit intérieur entre la peur de manquer le rendez vous avec Dieu et le retard à l’école. C’était un tiraillement difficile à gérer pour une âme d’écolier en détresse. Je galérais dans le primaire, élève médiocre, bref je m’époumonais pour ne pas rajouter d’impressions mauvaises.
Tante me rassurait de ne pas avoir manqué la messe, le plus important pour elle, comme si ma minuscule personne avait grand intérêt aux yeux du divin.
Avec les confesses forcées qui m’obligeaient à raconter n’importe quoi pour justifier mon passage par le confessionnal, les questionnements s’accéléraient.
Je m’éloignais progressivement du monde de l’église que je ne comprenais pas. Pourquoi tant de suppositions ? Pourquoi tant de choses à croire sans savoir ? Pourquoi tant de mystères autour d’un absolu bienfaiteur ?

Ce chemin de croire m’a conduit tout droit au chemin de paix, l’église m’a inculqué le doute, je suis devenu agnostique grâce à Dieu.

Le transcendant me dépasse infiniment c’est la raison pour laquelle je ne m’en préoccupe plus. Je vis ma vie loin de toute idée divine, je ne cherche plus à comprendre l’inaccessible.
Je ne nie rien, je n’en sais rien, je suis en paix avec mon âme…
Un créateur tout puissant savait déjà qui je serai, sans attendre le temps de me voir à l’œuvre pour me découvrir. Un être absolu, hors du temps, se passe de génuflexions et n’éprouve aucun besoin d’être adoré.
Ce sont des suppositions humaines trempées dans une profonde absurdité et la méconnaissance de ce qui est censé être leur vérité.

L’homme a assigné Dieu à résidence dans les nuages, dans les profondeurs du firmament afin qu’il demeure introuvable.
Pourtant, il lui suffirait d’une chiquenaude pour remettre les pendules à l’heure et me faire taire sur le champ !…

Pour la petite histoire, l’image en titre a été créée à partir d »une tête de boulon, photographié sur une porte de cave.

Le petit plus du jour, les extraterrestres s’interrogent :

Les petites cabines ne vont pas tarder à connaitre grande affluence…

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