Derrière les carreaux…

J’adore l’hiver, j’adore le froid, pourtant je viens du sud et j’y vis.
C’est ma « philosovie ».
Je cultive les contrastes pour mieux apprécier la vie.
Je sublime le froid lorsqu’il m’assaille afin de m’en imprégner, mieux profiter, ensuite, de la douceur lorsqu’elle survient.
On ne verra jamais sur une plage à me dorer au soleil.
J’y vais lorsqu’il n’y a plus personne, hors saison estivale, je m’attarde et regarde la mer différemment, ses environs immédiats aussi.

Derrière les carreaux, je passe mes matinées à chasser des images. Je guette les oiseaux, les regarde vivre puis me fais volatile aussi pour mieux comprendre leurs « pensées ».
Pensent-ils ? Ils vivent et je souhaite vivre des moments d’oiseaux.

Selon les jours et les saisons, je vois passer les merles, les grives, les pinsons des arbres, les bruants de tout poil, pardon de toute plume, les fauvettes, les moineaux, les mésanges – les charbonnières et les bleues sont légion par ici – les bergeronnettes, les geais, les corneilles, les pics épeiches et même la huppe fasciée.
Des ramiers s’étirent par vagues, au loin, et les tourterelles de Turquie se chargent de dépouiller la vigne vierge du jardin.
Le milan royal, qui survole son territoire juste au-dessus de ma maison, surveille les parages tout au long de l’année, il vole bas, son ombre est impressionnante lorsque un rayon de soleil la projette au sol.
Quelques verdiers, des chardonnerets, parfois isolés, à deux ou en petits groupes, papillonnent.
Les gobemouches au mois de juin lorsque les petits ont quitté le nid, squattent l’endroit et se régalent en transperçant les nuées de moucherons. Leur meilleur moment est l’essaimage des termites ou des fourmis, ailés pour la circonstance.
Lors de leur voyage éclair, très éphémère et très prisé, c’est la folie dans la colonie gobemouches qui virevolte, volte puis volte-face pour gober et gober encore…
Bref, je vis au pays des oiseaux.
Ah, j’allais oublier le plus photographié de tous, le rouge-gorge.
C’est mon ami.
Il guette mon passage et semble savoir, à ma bêche sur l’épaule, que je vais retourner la terre. Il est patient, attend, posté sur un promontoire, qu’un lombric agacé par mes labours remonte à la surface, pour me sermonner et rouspéter. Alors tranquille comme Baptiste, à petits sauts menus, mon ami s’approche sans aucune appréhension, il sait, par habitude, que je ne broncherai pas. Il avale tout de go , trois ou quatre vers bien dodus puis disparait…

T’as pas froid toi, à l’abri derrière les carreaux !
Même pas tu m’invites, pouf !
Je mets mon plumage en mode canadienne pour résister au froid.
Tiens, une bestiole, petite petite mais c’est déjà ça…
Pas grand chose à engloutir, dans tes parages.
T’es pas fatigué de me surveiller ?
Voilà pourquoi, au printemps, je suis pimpant, le froid hivernal m’a requinclé !
Requinclé ?
Oui, c’est plus joyeux que requinquer, non ?
Ah, le rouge queue, j’allais l’oublier aussi…

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *