Je viens d’apprendre le décès de Marie-Anne et lui dédie illico, ce texte.
Marie-Anne n’aimait pas trop qu’on écrive Marianne.
Elle tenait beaucoup à son prénom originel.
Longue et belle vie, elle venait de franchir le siècle en cette année 2025.
Je ne la voyais plus très souvent mais nous avions des liens d’amitié très profonds qui dataient de mon enfance à la Navaggia. J’ai déjà raconté cette histoire liée à sa mère Barberine.
Si je devais trouver des qualificatifs pour définir notre doyenne, ils seraient substantifs. J’écrirais qu’elle était la sérénité, l’empathie et la lucidité, personnifiées.
Elle avait la vision juste des choses de la vie, des comportements humains, à l’image de nos grands-mères souvent à l’équilibre d’une famille.
Sans doute étais-je un peu privilégié, elle avait suivi mon parcours depuis l’enfance et me connaissait par cœur.
Cela ne l’empêchait pas de me sermonner lorsqu’elle le jugeait utile mais c’était toujours pour me remonter les bretelles de la modestie, de l’effacement plutôt, de l’autocritique négative que je m’infligeais.
Ah, pour me secouer sur ce registre, elle n’y allait pas mollo !
Franche et tranchante, si nécessaire, mais son affection reprenait vite le dessus, elle souriait et faisait signe de veiller sur moi, en secouant sa main en guise de tranchant comme si elle me disait : « A capitu ! » (Tu as compris !)
C’était toujours un plaisir d’aller lui rendre visite.
Malgré son âge très avancé, elle avait gardé lucidité et justesse dans ses propos.
En traversant le siècle, elle en a vu souffler des rafales… Des alizés, des siroccos… la tramontane et u livanti…
Elle naviguait sur ces vents de la vie et gardait un jugement paisible sur les humains, du moins à ma connaissance.
Lorsque nous l’avons vue pour la dernière fois, en aparté, elle nous chuchotait qu’elle avait assez vécu, qu’elle était lasse et qu’il était temps de s’en aller retrouver les siens.
Elle adorait les violettes que ma grand-mère lui portait dès que les premières pointaient dans un coin du jardin. Elle m’en parlait presqu’à chaque visite. Le temps s’était condensé dans sa mémoire, elle ne lâchait rien de ses souvenirs. Ils étaient très vivaces dans son esprit, elle les disait inlassablement. Le passé adoucissait son présent en gardant toujours en tête les bons moments à flanc de fontaine di Piazza di Coddu.
Je la vois, elle a retrouvé Barberine, elles se sourient et sans doute a-t-elle plein de récits à lui narrer afin de remettre à flot la longue absence de sa mère.
Adieu Marie-Anne, je suis heureux de t’avoir connue.
Désormais voyage, voyage au-dessus des stratus, des cirrus, bien plus haut que les nuages, il y a les étoiles.
🙏