Parfois, on cherche midi à quatorze heures, il était près de vingt heures bien loin du dicton que je viens d’énoncer.
A part le crépitement du bois qui prenait longue flamme, c’était le silence absolu. Dans cette contrée perdue qu’est l’Aratasquie, tout était calme, le ciel déjà étoilé, clignotait malicieusement en me faisant croire que vie fourmille là-bas.
Allez savoir, je veux bien l’imaginer.
Le bois qui chantait dans le foyer était écorce de châtaignier.
J’avais dépiauté des pieux avant de les planter pour faire une clôture.
C’était un clin d’œil aux châtaignes qui grillaient au milieu de la flambée.
Je souriais à cette idée saugrenue, des fruits de saison cuisaient au feu du même bois.
Une curiosité peu banale.
La nuit venait de m’envelopper totalement, j’étais ébloui par la lumière jaune orangé qui s’étirait dans l’âtre.
La flamme dansait le contemporain de toujours, des mouvements classiques et modernes mêlés.
Elle se tordait, se contorsionnait, s’étirait puis se baissait sur un rythme tantôt vif, tantôt langoureux. Rien de neuf, un jeu de fluidité qui date de la guerre du feu.
Je prenais mon temps, jouais avec la flambée comme si je baissais puis montais le son afin que la ballerine suive mon tempo.
Je ne soufflais pas, j’attisais en nourrissant le brasier sous le trépied.
Je contrôlais les châtaignes en les faisant sauter dans la poêle trouée afin qu’elles cuisent sans brûler.
Je m’amusais entre silence, mouvement ondulatoire et sautillements des marrons…
Seuls, deux ou trois crépitements brisaient le silence lorsque leur coque craquait, éclatait sous la chaleur.
C’était divin, une joyeuse solitude dans la nuit à peine tombée, le firmament piqueté de myriades d’étoiles grésillait en silence.
Je me prenais pour Serge Lama et chantais à tue tête, d’une voix aphone :
Flamme flamme flamme fais moi voir ton âme,
Flamme flamme flamme fais moi voir ton feu,
Flamme flamme flamme fais moi voir les cieux…





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