La séculaire Marie-Anne.

Notre chère Marie-Anne du fond de la Navaggia, vient de boucler ses cent ans.

Combien de fois l’ai-je saluée, m’a-t-elle salué sur le passage qui mène à la maison de mes grands-parents !
Tout jeune enfant, adolescent, adulte, avec elle et Barberine sa maman, je menais agréable conversation à chaque passage devant la fontaine de Piazza di Coddu.
Je n’ai reçu que des mots plaisants, jamais une plainte ni un ragot écorchant quelque villageois.

Il y a une poignée de mois, Marie-Anne me rappelait qu’elle m’avait vue rentrer chez mes parents avec un cageot rempli de victuailles, tout fier d’apporter enfin ma contribution à la famille. C’était mon premier salaire de pion, je rentrais de Sartène, là où se situe le lycée Clémenceau.
Elle me disait qu’elles avaient remarqué mon sourire, ma satisfaction contenue à l’idée de faire cette belle surprise chez moi.
J’avais vingt ans.
En effet, tout mon monde était ravi, j’apportais la preuve de mon entrée dans la vie active, ma contribution et mon offrande dépassaient l’habituelle dépense dans un magasin.
Barberine et Marie-Anne étaient très attentives, leurs paroles toujours réconfortantes m’allaient droit au cœur.
Lorsque je rendais visite à la future centenaire, elle se redressait dans son fauteuil et saluait avec joie notre venue. Elle avait pour Annie exactement les mêmes attentions qu’avec moi, se souvenait parfaitement de nos premiers pas devant leur grille.

Elle me rappelait son amour pour ma grand-mère qui à chaque naissance de printemps lui portait des violettes, ses fleurs préférées.
Elle les adore, apprécie tout autant le parfum que la couleur à la douceur bleutée. Ce bleu violet qui convient parfaitement à ses sentiments tournés vers l’autre, toujours en empathie ou sympathie.

Depuis quelques années, elle a quitté notre Navaggia natale. Il ne reste plus aucun ancien, sédentaire du coin depuis l’enfance.
Elle a franchi le siècle, je la salue une fois de plus en lui souhaitant encore quelques bougies…
La dernière fois que je l’ai vue, elle m’a regardé et très ostensiblement me fit signe :
– Chut ! Maintenant ça suffit !
Je n’ai rien répondu, elle flotte encore dans le temps…
Combien de nuages, combien de pluies, de soleils éclatants, combien de jours et de nuits ?
Le vent courait et court encore par dessus les toits, caressant au passage notre Navaggia éternelle.

Le quartier est désert et attend une autre histoire…

Pour elle, ces violettes à la faveur d’un volet fermé.
Dans ses jeunes années sous l’ormeau également séculaire de Piazza di coddu.


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