Le bonheur est dans le pré… toujours à côté.

Le bonheur est dans le pré…
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L’enfance est une belle chose. Une étape presque paradoxale, on se construit sans le savoir. D’autres se détruisent…
Ce n’est que bien plus tard que l’on savoure une deuxième fois les bons moments qui sont restés gravés dans la mémoire comme pour installer plus fort encore le lien avec le passé.
C’est mon cas aujourd’hui. Je n’imaginais pas que la vie d’alors allait ressurgir aussi fort tant d’années après. Parfois, je me demande si je n’ai pas vécu perpétuellement comme un enfant qui ne vieillit pas. Une sorte de syndrome de Peter Pan. Non pas un gamin qui a peur de grandir mais une personne qui se trouve bien dans sa jeunesse et la perpétue. La différence avec le complexe de Peter Pan est tout de même considérable sans la peur de vieillir qui ne fait pas partie du tableau. Vieillir en restant jeune dans sa tête.
Depuis l’âge de quatre ans jusqu’à ce jour, je n’ai jamais quitté l’école. J’en rêve souvent. Il ne se passe pas une semaine sans que je me réveille en me demandant pourquoi j’y suis encore à mon âge. Je me vois sur les bancs comme devant le tableau à refaire ou inventer des exercices selon que je suis élève ou enseignant. Même éveillé, il m’arrive de repenser une approche, de revisiter des interventions en les tournant autrement. Des idées qui vont tomber dans le vide comme c’était le cas du temps de mon activité. Trop fatigant, trop prise de tête pour beaucoup. L’école, un passage magnifique, et c’est bien dommage que certains aient le souvenir d’une galère. Les ratages de la vie, difficiles à éviter aussi.
Voilà pourquoi je suis heureux de retrouver mes petites filles et elles me le rendent si bien. Ce bonheur se lisait sur le visage de Leïa dès le premier jour de son arrivée. Elle partait se rouler dans l’herbe en s’emplissant le cœur d’émotions… pour plus tard. Aujourd’hui plus âgée de quelques petites années, elle se souvient et souhaite se construire une autre relation plus secrète.
Il faut entendre, les petites au téléphone demander des nouvelles des poules, donner des conseils pour les soigner et surtout crier leur envie de revenir au plus vite. Une voix joyeuse et tonitruante. Parfois des voix qui se chevauchent…
Ces contrastes entre la ville et la campagne, je ne les ai pas connus. Les miens étaient ailleurs. J’avais l’impression de vivre en compagnie de personnes très âgées remplies de bon sens, de calme et de sérénité. Des gens qui vous regardaient pour imprimer votre image en prévision du grand voyage. Nous ne savions pas et puis notre tour arrive de faire le plein de joie en regardant vivre nos petits-enfants. On s’étonne de leur grand attachement aussi.
On attend le jour de leur retour. Les filles sortent de la voiture en courant et vous sautent dans les bras… puis très vite retrouvent leurs marques, leurs coins préférés, contrôlent pour vérifier si quelque chose a changé. Elles se chamaillent pour une place plus proche de vous…
Elles sèment, sans le savoir, pour récolter des fruits beaucoup plus tard. Entre temps une autre vie va passer. D’autres préoccupations, un long silence avant de se souvenir plus souvent.
La réalité nous rappelle : « Si jeunesse savait et si vieillesse pouvait », « On ne peut être et avoir été »… l’imaginaire s’en fiche et nous fait croire que c’est durant la soixantaine que l’on vit ses meilleurs vingt ans.
Il n’est jamais trop tard pour vivre sa jeunesse même, et surtout, lorsqu’on croit qu’elle a filé. Elle est là, toute proche, il suffit d’y croire pour la raconter inlassablement. Laissons au temps, ou aux trois Parques insensibles, le loisir de diriger nos vies. Nona file, Decima grossit le fuseau et Morta nous attend quelque part pour sectionner le fil… On a juste une seconde pour entendre son dernier cri : Basta !
Et puis le néant. Mieux vaut le penser maintenant à sa guise car il est vide absolu… Un trou noir après la vie dont on n’a jamais de nouvelles.
DSC_5450… et le poulailler juste à côté.

 

 

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