Le ruban tricolore.

DSC_0512Des images juste pour le plaisir. Le capuchon de moine.
(Cliquer sur les photos)
C’est fou ce que la canicule n’empêche pas. L’été bat son plein et les politiciens de tout duvet s’en donnent à cœur joie.
Ça sent les élections prochaines. Il faut les voir, agglutinés derrière un ruban tricolore avec ou sans écharpe sur l’épaule. Tous tiennent un bout du ruban inaugural, le regard bien porté vers l’objectif de l’appareil photo. Il y a parfois plus de dix paires de mains, il faut pour cela un ruban suffisamment long pour que chacun pince sa parcelle de tissu. Plus une élection est proche, plus on s’efforce de saluer le moindre parpaing sorti de terre. Cela peut produire un tableau improbable, une scène que l’on ne rencontre jamais dans la réalité. Un édile reconnaissable à son écharpe entouré de travailleurs en plein effort. Sur la même photo, on peut y voir une personne soulevant un parpaing, une autre piochant pendant qu’un troisième ouvrier joue de la pelle quitte à gêner les deux autres si cela était bien réel. Un conducteur de brouette vide juste pour la photo et tous, surpris par le  « clic » du photographe, le visage tourné dans la même direction. Un tableau de de Lacroix qui rassemblerait toutes les vertus d’une société. C’est incroyable et qu’est-ce à dire ?
Lorsque vous êtes un élu de la république, à quelque niveau que ce soit, vous l’êtes pour effectuer votre travail. Vous vous trouvez à ce poste pour des missions qui vous ont été proposées ou que vous avez choisies. Alors, pour quelle raison faut-il s’afficher derrière un symbole pour claironner : « Ça c’est moi ! » C’est insupportable.
Existe-t-il encore des gens simples pour refuser ce genre de protocole de pure ostentation ? Est-il possible d’inaugurer simplement en s’effaçant un peu ?
On rétorquera que cela a toujours existé. Que je suis tombé de la dernière pluie, que je suis d’une naïveté insigne. Je me demande bien où sont les candides. Sont-ce ceux qui s’écrient : « Mi mi c’héra ancu iddu ! Bu…u.. Stu bottu hanni fattu forti !* », et qui mordent à l’hameçon ? Ou alors ceux qui sont exaspérés par ces mises en scène ridicules ?
Cette tendance semble s’amplifier un peu partout.
Parfois, j’observe les gens que je connais pour détecter la moindre retenue dans leurs gestes ou leurs attitudes. J’essaye de comprendre ce qu’ils ressentent au moment où l’on affiche une sorte de bilan à l’occasion d’une inauguration… C’est un affichage irrépressible. La fonction créé l’ostentation, cela semble inévitable.
Si j’avais quelque pouvoir ou quelque savoir-faire couturier, j’inventerais le costume inaugural. Une sorte de vêtement facile à enfiler par-dessus la tenue de ville et dont le tricolore s’afficherait de manière différente selon que vous êtes maire, conseiller général, député, ministre ou président de la république. Un accoutrement unique composé d’un chapeau paillette et d’un boubou à fond blanc pour l’été. Seules les bandent tricolores, horizontales, verticales, en diagonale ou croisées dans les trois ou quatre directions distingueraient la hiérarchie des « inaugurant ». Le président de la république porterait le plus haut grade à carreaux et croisillons bleu, blanc, rouge. On pourrait imaginer, comme au judo, une ceinture à pompons pour les catégories les plus basses pour que chacun s’y retrouve. Un effet clown assuré.
Immergé en permanence dans le tricolore national grâce à ma petite entreprise, peut-être serais-je définitivement vacciné pour ne plus être en rejet de la moindre inauguration d’un muret. Probablement, à mon tour, porterais-je un regard attendri sur ce genre de manifestation afin qu’il soit une réussite permanente, devenu totalement légitime. J’aurais œuvré pour la bonne cause en réduisant le chômage de quelques unités… C’est toujours ça de gagné. Mes employés m’en sauraient gré, la société aussi, il ne me reste plus qu’à inaugurer ma fausse fabrique avec une cocarde tricolore sur le coin de la tête à la manière des menuisiers qui coinçaient leur crayon avec le pavillon de leur oreille.
Ce disant, j’ai une pensée pour mon amie canadienne, Monique, qui aurait sans doute reconnu là mon côté pataphysicien pratiquant un aspect particulier de la pataphysique, sans le savoir. Une sorte de Monsieur Jourdain qui avait une dent contre le politicien ostentatoire, soucieux de perpétuer sa réélection. C’est ainsi, de manière totalement fortuite, qu’il prendrait connaissance de son travers pour le corriger aussitôt…
Et que vive la pataphysique débridée ! Mais, elle l’est toujours ? Ah ! bon ?
*Regarde, regarde, même lui est là ! Bou, bou, cette fois-ci, ils ont fait fort !
DSC_0544Etonnement avec mouvement de recul.

 

 

 

 

 

DSC_0546Confidences.

 

 

 

 

 

 

DSC_0580Méditation.

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