Au frais du grand cerisier.

Quand la poésie, toute en prose, se fait vie.

Juin s’enfuit sans se retourner, alourdi de chaleur en son âme qui s’en va.
Juillet frappe à sa porte chargé d’hirondelles et de martinets stridents.
C’est la belle saison, le ciel en fête, le retour des estivants.

Pourtant, tout est calme pour le rural.
Le souffle est chaud et ribambelle.

Ribambelle ?
Oui ribambelle, il distille ses meilleurs moments, dès le matin à la fraîche lorsque je m’en vais au petit vent.
Ah vous ne connaissiez pas le vocable, exprimé ainsi ?
Mais si, mais si, les mots sont faits pour ça, pour dire ce qui résonne dans la tête, profitez-en, les jours vont et viennent et puis le temps s’en va !

Les insectes carillonnent, stridulent ou symbalisent, timbalisent à qui mieux mieux.
L’herbe sèche crépite sous la chaleur qui l’accable.
Les cosses de pois de senteur ou de lupin sauvage, déjà sèches, totalement déshydratées, éclatent dans un bruit d’étincelle et se vident de leur cargaison annuelle. Les graines valdinguent, sautillent, roulent un instant puis vont se caler contre une tige ou un caillou. Là, elles attendront les jours pluvieux pour s’enfouir dans le sol puis poindre sous forme de plantules au printemps prochain.
Le milan, silencieux, majestueux, survole son domaine, des corneilles passent à la sauvette et se dirigent vers le frais des aulnes dont les pieds trempent dans la rivière, en contrebas. Quelques nuages rares, très faiblards, s’effilochent puis se dissolvent dans l’azur léger, dans le bleu évanoui d’un ciel lumineux, presque laiteux, au-dessus de la montagne.
L’atmosphère est paresseuse, trop chaude, envahit et anesthésie tout ce qui ronronne.
La grenouille a les boules juste sous ses yeux, mais ne lâche aucun son. Elle s’économise pour ce soir sous la lune et les étoiles, à l’heure des concerts batraciens.

Les idées bien planquées sous la casquette semblent s’assoupir aussi, mais la machine à mouliner les concepts se remet aussitôt en marche pour cogiter au lieu de somnoler.
Qui sont ces gens insouciants qui ne savent pas écouter ?
Ces gens qui disent, qui semblent attentifs, seulement pour répondre et non pour comprendre ?

Une nouvelle bouffée d’air m’assaille me commandant de fermer les yeux.
Chut ! Arrête de penser, laisse-toi aller !
Ecoute la vie qui passe !
Concentre-toi, la douceur est là…
Une présence, juste à mes côtés, une compagne sourit, légère et libre en sa folie, me mène par le bout du nez, loin, très loin.
Le ciel m’engloutit, je m’évade au firmament.
Mes paupières sont closes, une caresse longue, très longue caresse jusqu’à l’ivresse, l’abandon jusqu’au don de soi.
Je traverse les cieux, visite les étoiles et souris à un étrange bonheur.
Après l’envol, le sommeil se fait doux, emmailloté de calme et de sérénité…
Un être s’endort momentanément.
Bientôt, il sera temps de repartir à la conquête du ciel, d’une autre folie douce…

Qu’y a-t-il de solennel, de sentencieux sous le grand cerisier ?
Rien. Il n’y a rien !
C’est juste le frais, le vent qui passe et le temps qui s’en va.

Je veux d’autres cabrioles et puis… encore rêver.

Le lupin.
Cosses de lupin.
La corneille voyage…

2 Comments

  1. Oh lala du clafouti en branche ! 😉
    C’est l’été, décliné par un gourmet, très beau, j’étais l’espace d’un moment sous le cerisier en votre compagnie 🙂

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